Le degré zéro de l’angoisse

Le degré zéro de l’angoisse

Comme le lecteur de ce blogue le sait déjà, ou comme il va maintenant l’apprendre, l’auteur de ces lignes est un ardent collectionneur d’angoisses. J’accumule en effet depuis maintes années ces petites et charmantes bestioles et les dispose amoureusement dans les replis de mon esprit. Dans mes temps libres, je les dépèce afin d’en élaborer la nomenclature et si possible, j’en tire quelque substance philosophique. C’est un passe-temps qui n’est pas de tout repos. Dans mes heures sombres, je geins comme un animal pris au piège, au milieu d’atroces convulsions. Des formes nouvelles de désespoir et de douleur me traversent. Je ne sais plus qui je suis ni où je vais. Lire la suite « Le degré zéro de l’angoisse »

La plante humaine

La plante humaine

Comme j’étais en vacances la semaine dernière et que j’avais besoin de redonner à mon esprit le sens des grandes étendues, j’ai décidé d’aller me perdre quelque peu dans les lugubres profondeurs de la forêt boréale de mon Groenland natal. En fait, je ne me suis pas perdu du tout puisqu’il s’agissait d’un sentier parfaitement balisé mais qu’importe : mon regard s’est tout de même égaré çà et là, en glissant sur la mer d’épinettes qui s’étendait devant moi. Je marchais au milieu de cet austère mais néanmoins glorieux spectacle d’une nature éprouvée par les rigueurs du climat, et je me disais alors que contrairement aux formations inorganiques du globe, dont les formes rigides nous rappellent l’implacable règne des forces physiques qui nous enserrent, les végétaux ont une façon de bondir, légers et insouciants, contre cet ordre établi. Lire la suite « La plante humaine »

Attentat contre un pronom interrogatif

Attentat contre un pronom interrogatif

Je me souviens encore de la première fois que ça m’est arrivé. J’avais douze ou treize ans et, par une douce soirée de fin de septembre, assis dans l’entrée de la maison familiale avec une amie, j’observais attentivement le ciel. C’était une soirée particulièrement claire et magnifiquement étoilée ; je suppose que l’on pourrait dire que c’était le genre de soirée qui dispose l’esprit aux rêveries. Je ne sais pas ce qui m’a pris ce soir-là mais tout à coup, la noire opacité de la nuit ne m’a plus satisfaite, et mon regard ne voulait plus s’y arrêter. Les astres, gracieusement arrangés et la traînée phosphorescente de la voie lactée pouvaient bien faire les belles : elles ne me distrayaient plus du spectacle troublant de la noirceur infinie dans laquelle elles se noyaient toutes deux. Lire la suite « Attentat contre un pronom interrogatif »