Mammouth et fier de l’être

Mammouth et fier de l’être

Quand j’étais petit, c’est-à-dire il y a quelques millions d’années, mes semblables et moi écoutions de la musique principalement à partir de bobines de ruban magnétique fixées sur un support de plastique que nous appelions cassette audio. C’était un horrible support car le ruban se tordait constamment, se déchirait ou se déroulait et il fallait alors l’enrouler de nouveau manuellement. Pourtant, c’est un support qui nous rendait heureux et qui était, de notre point de vue, la réalisation même du progrès. D’ailleurs, beaucoup d’individus de mon âge ont connu l’incommensurable fierté de se promener dans la rue avec, à la ceinture, un rutilant walkman Sony Sports jaune. Lire la suite « Mammouth et fier de l’être »

Ars Rhetorica #1

Ars Rhetorica #1

Dans plusieurs articles précédents, je me suis intéressé au thème de la rhétorique et ce, de la manière la plus étrange. Moi-même, je me surprends de ces incursions. La rhétorique devrait normalement être un thème honni de tout philosophe sain d’esprit, puisque celui qui s’y associe risque de miner sa propre crédibilité. Il y a malgré tout quelque chose qui me turlupine (et qui me turlupine encore !) à ce propos et qui me force à aller patauger dans ces eaux troubles. Cela tient peut-être à ce que l’un des reproches que l’on adresse souvent à la philosophie est de ne constituer qu’une sorte de vague caprice spéculatif qui ne se se fonde sur rien de solide, de n’être qu’un vain exercice de l’esprit. Lire la suite « Ars Rhetorica #1 »

La plante humaine

La plante humaine

Comme j’étais en vacances la semaine dernière et que j’avais besoin de redonner à mon esprit le sens des grandes étendues, j’ai décidé d’aller me perdre quelque peu dans les lugubres profondeurs de la forêt boréale de mon Groenland natal. En fait, je ne me suis pas perdu du tout puisqu’il s’agissait d’un sentier parfaitement balisé mais qu’importe : mon regard s’est tout de même égaré çà et là, en glissant sur la mer d’épinettes qui s’étendait devant moi. Je marchais au milieu de cet austère mais néanmoins glorieux spectacle d’une nature éprouvée par les rigueurs du climat, et je me disais alors que contrairement aux formations inorganiques du globe, dont les formes rigides nous rappellent l’implacable règne des forces physiques qui nous enserrent, les végétaux ont une façon de bondir, légers et insouciants, contre cet ordre établi. Lire la suite « La plante humaine »

Philosophie vs psychologie: l’ultime combat

Philosophie vs psychologie: l’ultime combat

Il est devenu monnaie courante, à notre époque, d’entendre proclamer que la philosophie est morte, qu’elle est finie, achevée, déchue, et que dans la mesure où les sciences naturelles et humaines ont acquis une relative autonomie, elle n’est plus que le lieu d’un bavardage aussi abscons qu’inutile. Ce sont là des propos que l’on peut rencontrer non seulement chez l’homme de la rue, mais aussi dans les milieux savants eux-mêmes. Or, l’on aura deviné que de telles proclamations ne peuvent que faire saigner mon pauvre cœur. « Comment peuvent-ils maltraiter de la sorte l’objet de mon affection ? », me dis-je parfois en serrant mes Platon et mes Kant contre ma poitrine, mes larmes faisant onduler le papier de ces éminents ouvrages. Lire la suite « Philosophie vs psychologie: l’ultime combat »

La terre est plate !

La terre est plate !

En maudissant la tempête de neige qui s’est abattue sur la ville hier, et qui a enseveli le trottoir que j’utilise quotidiennement pour me rendre jusqu’à l’autobus (on aura deviné que j’habite le Groenland), j’ai eu une révélation extraordinaire: la terre est plate !

C’est d’autant plus extraordinaire que je me targue pourtant de posséder une formation scientifique décente et de plus, je ne crois pas encore avoir perdu la tête. J’ai beau ressasser mes vieilles notions d’astronomie et de physique, rien n’y fait: l’évidence – ou du moins ce qui me paraît en être une – se cramponne à mon esprit. Lire la suite « La terre est plate ! »