Au commencement, Élohim créa les cieux et la terre. La terre était déserte et vide. Il y avait des ténèbres au-dessus de l’Abîme et l’esprit d’Élohim planait au-dessus des eaux.

***

Ce qui attire immédiatement l’attention dans ce tout premier passage de la Bible, c’est ce curieux Abîme baigné dans les ténèbres. Selon les notes du volume que j’utilise, ce mot est une traduction d’un terme hébreu qui signifie mer mais qui évoque plus largement une sorte d’élément féminin primitif. De manière générale, la mer, source de vie, est un symbole qui évoque le féminin. L’importance de l’Abîme est par ailleurs marqué par la lettre capitale. S’agit-il d’une sorte de matière primitive ou d’espace à partir duquel Élohim crée? Une sorte de canevas originel ?

Deuxième élément de mystère : les eaux, qu’Élohim n’a de toute évidence pas créées non plus. Ces eaux ne semblent faire qu’un avec l’Abîme, lequel est aussi, comme nous l’avons vu, un élément vaguement aqueux. Élohim semble donc coexister dès le début avec un Autre, un double féminin et obscur.

Il y a quelque chose de touchant à imaginer le tableau peint par les premiers versets de la Genèse: le ciel et la terre du début des temps, déserts et vides, plongés dans l’obscurité la plus totale. Je ne sais comment qualifier l’émotion que cette image suscite. En ce qui me concerne, elle appelle quelque peu la faculté lacrymale des yeux mais pourtant, il ne s’agit pas pour autant de tristesse, ni de mélancolie. Le même genre d’émotion m’assaille lorsque je suis amené, par quelque circonstance que ce soit – le visionnement d’un film, la lecture d’un livre ou quoi que ce soit d’autre – à réfléchir aux origines de la planète, lorsque nul humain ne se tenait à sa surface. Il y a quelque chose d’étrangement fulgurant à songer qu’il fut un temps où nous n’étions pas là, où il n’y avait personne pour s’ébaubir de l’existence.

Je pense que cette émotion en est une que l’on pourrait qualifier de spirituelle. Dans ce vieux mais toujours aussi pertinent article du présent blogue, je définissais la spiritualité comme étant une sorte de dialogue avec le mystère qui nous habite tous et qui ceint nos vies, de manière à l’apprivoiser et afin de s’en servir pour savoir où aller. La pensée du début des temps évoque certainement ce mystère et l’ouverture de la Bible en appelle donc à ouvrir un dialogue avec cet aspect de nous-mêmes.

Il me semble par ailleurs que la question de la mort ne se tient pas très loin de toutes ces considérations sur le début des temps et sur l’émotion spirituelle que ces considérations appellent. Après tout, le mystère de nos vies, c’est beaucoup celui de la mort. Quoique le vocable « mort » soit imparfait à rendre exactement ce dont il est question. C’est qu’il ne s’agit pas tant de la mort en tant qu’événement, en tant qu’arrêt des fonctions organiques du corps, mais surtout de la mort en tant qu’état, incluant tant le fait que jadis, nous n’étions pas encore au monde que celui qui veut que tantôt, nous ne le serons plus à nouveau. Peut-être faudrait-il plutôt parler de non-vie ou d’absence au monde? Mais il serait sans doute plus efficace de parler de la Mort avec un grand « M », dans la mesure où ce terme a l’avantage de désigner la chose dans sa positivité plutôt que selon ce qu’elle n’est pas.

Or, ce canevas originel qu’est l’Abîme de la Genèse semble recouper cette Mort, cet état originel d’absence. D’ailleurs, les 2 termes coïncident dans leur féminité symbolique. La Mort originelle, celle qui précède notre naissance, est immanquablement liée avec le sein maternel, duquel nous finissons par sortir. Quant à la Mort à laquelle nous finissons par céder, après être tombés en cet état de dépendance qu’est la vieillesse, et qui ressemble parfois à l’état de dépendance du nourrisson, nous pouvons nous l’imaginer comme une sorte de retour à ce Féminin mystérieux.

En fin de compte, l’ouverture de l’Ancien Testament donne une teneur cosmogonique1 au mystère qui nous habite.

1 Du grec kosmos, qui signifie « monde », et gonos, « procréation ». Une cosmogonie est un récit mythique ou une théorie de la création du monde.

Illustration: John Martin, The Great Day of His Wrath.

5 réflexions sur “Lecture de la Bible: Genèse I, 1-2

  1. « Il y a quelque chose d’étrangement fulgurant à songer qu’il fut un temps où nous n’étions pas là, où il n’y avait personne pour s’ébaubir de l’existence. »

    A l’époque où ce texte a été écrit, l’histoire n’existait pas. Aristote considérait (sans doute avec raison) que le texte d’Hérodote était de la mythologie. Il est plus intéressant de considérer une période où « nous » étions là et qu’il n’y avait personne « pour s’ébaubir de l’existence, » puisque personne (de cette époque) n’aurait pu croire que l’homme n’avait pas toujours été là. Ce « trou » inconnu qui nous fait passer de l’un à l’autre (du néant à l’existence) est un trou dans la connaissance humaine, pas dans le matériel.
    C’est là toute l ‘idiotie de la lutte entre les créationnistes et les évolutionnistes. Les uns parlent de cet « abime » pour lequel nous n’avons aucun écrit, les autres d’une évolution qui fait qu’aujourd’hui nous savons qu’à un moment donné « nous » n’étions pas là.

    Ce qui vous perturbe, je crois, c’est que vous n’envisagez pas un homme qui ne puisse pas « s’ébaubir de l’existence » ou se préoccuper de sa propre mort. Pourtant, c’est bien le cas. La difficulté est que l’écart entre un homme qui ne s’ébaubit pas de l’existence et vous, ne peut pas se décrire. C’est cela « l’abime ». Ainsi, nous passons du néant à l’existence (car vous êtes passé du néant à l’existence pendant votre enfance), mais nous ne pouvons pas décrire le néant. Par exemple, vous pourriez parler de ce que vous croyez être le « bonheur » de vos enfants avant qu’ils ne puissent « s’ébaubir de l’existence, » mais eux ne pourront jamais en parler. Je ne sais pas à quel âge se produit ce passage, peut-être 5 ou 7 ans. Vous pouvez parler de leur néant (parce que vous l’avez quitté), pas eux. Vous savez qu’ils étaient bien là, bien vivants.

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  2. Tout ce que vous dites là est passionnant et tout à fait pertinent à la réflexion mais en ce qui concerne l’interprétation précise que vous faites de mon émotion « étrangement fulgurante », je ne crois pas qu’il s’agisse exactement de ça. Quand j’étais petit (à l’époque de ce que vous appelez le « passage » !), j’avais un livre de science qui parlait de l’Univers en général et notamment de l’histoire de la Terre. Or, j’avais la même émotion lorsque j’y lisais que dans quelques milliards d’années, la Terre serait engloutie par le Soleil. C’est la Mort avec un grand « M » qui est fulgurante. C’est biologique, je crois. Après tout, nous sommes des machines à vivre et à propager la vie. Que ces machines puissent en venir à développer la pensée de la nécessité de leur absence, il y a de quoi fulgurer.

    En ce qui concerne la communication de cette émotion, je pense que c’est le travail de l’art et, pourquoi pas, celui de la philosophie de s’en charger. L’art par l’évocation esthétique et la philosophie par l’évocation réflexive.

    La mythologie le faisait auparavant mais la mythologie, c’est l’enfance de la pensée: c’est l’art, la philosophie, la science tous fondus l’un dans l’autre. Et c’est à la fois ce qui en fait la limite et qui la rend si intéressante. En même temps, la mythologie ne disparaît jamais, tout comme l’enfant en nous ne disparaît jamais. L’évolution est en quelque sorte accumulative. Nous vivons sur des mythes, mais nous ne les exprimons plus ainsi. Lorsque l’art ou la philosophie parviennent à communiquer la fulgurance, c’est souvent parce qu’elle a atteint une sorte de niveau mythologique.

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    1. La mythologie grecque parle de l’âge d’or qui précède la mythologie. Ce serait une période idyllique (comme le jardin d’Eden ?), mais dont personne ne peut en parler (c’est « l’abime »). La mythologie est bien l’enfance de la pensée, comme vous le dites, alors que l’âge d’or précède la pensée. A l’inverse, cela signifie que les adultes vivant à l’époque de la mythologie pensaient comme des enfants. C’est difficile à appréhender car un adulte qui pense comme un enfant se comporte comme un adulte. Nous ne pouvons pas faire la différence, si nous ignorons qu’il y en a une, si ce n’est que vous ne pourrez pas parler de transcendance avec lui.
      C’est ce qui m’a intéressé chez Aristote est que sa pensée est l’adolescence de la pensée. Aussi, ce qui est important n’est pas ce qu’il disait, mais ce qu’il ne disait pas. Il en va de même pour toutes les histoires, dont la bible. Plus l’histoire est ancienne, plus il est facile d’appréhender ce qui n’est pas dit.

      Loin de moi l’idée d’interpréter vos émotions, ce n’était pas le sujet dont je voulais parler. Il n’y a pas d’émotion dans l’âge d’or. Lorsque Freud parle de refoulement, il parle de ce qui devrait être une émotion mais qui ne l’est pas encore. Pour que cela devienne une émotion, il faut mettre des mots dessus. Aussi, le mot ‘ »passage » convient peut-être pour le passage de la préhistoire (l’âge d’or) à l’antiquité (la mythologie), mais pour nos enfants, les deux périodes se chevauchent, car les adultes qui ont quitté l’âge d’or cohabitent avec eux (loin de moi l’idée de l’empêcher). C’est pourquoi Freud peut parler de refoulement.

      Aussi, je suis surpris de votre illustration. En France, les enfants apprennent à lire et écrire de 6 à 8 ans. J’ai donc eu mes premiers livres au début de mes huit ans, des livres pour enfants (vous savez des romans courts qui racontent généralement des histoires d’enfants). Pour mon premier livre de « science », cela ne pouvait donc pas être avant mes 9 ans. J’ai très peu de souvenirs de la période avant 7 ans et je suis incapable de les ordonner dans le temps (dire si ce souvenir est avant cet autre).

      Le « passage » est l’apprentissage des croyances des adultes qui sont justifiées par des histoires, ce qui inclut la mythologie, la bible, l’art, la science, etc. Le « passage » est en quelque sorte la période où nous cessons de vivre pour penser notre vie, penser nos croyances (puisque comme le démontre Wittgenstein nos pensées sont des non-sens). Vous suggérez que nous pourrions communiquer nos émotions et c’est un sujet auquel je n’avais jamais réfléchi. En première approche, cette communication est indirecte, dans le sens où nous ne pouvons pas avoir d’émotions que nous n’aurions pas expérimenté (nous ne ferions que le dire). Pour ma part, je n’ai pas besoin de penser ma vie. Je peux regarder un paysage pendant des heures, sans penser, sans me demander s’il est beau et pourquoi il le serait. J’ai donc très peu d’émotions. Je retourne en quelque sorte dans l’âge d’or et je ne peux pas en parler, ce n’est qu’un vécu.

      Il faudrait donc que je développe ce qu’est une croyance, mais je risque de vous perdre, car déjà je pense, peut-être à tort, que ce que je viens de dire pourrait vous choquer (cela ne fait pas partie de votre jeu de langage, par là-même de vos croyances).

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  3. Ce que vous dites ne me choque pas et je ne suis pas certain de quelle façon exactement cela pourrait me choquer.

    Le livre qui parlait de l’engloutissement de la Terre était bien un livre pour enfants, très bien vulgarisé. Au début, je ne faisais que regarder les images. L’engloutissement de la Terre ne tenait que sur une toute petite vignette avec à peine quelques mots. Je crois bien que je devais avoir 8 ans.

    Vous dites ne pas avoir besoin de penser votre vie mais n’est-ce pas précisément ce que vous faites en écrivant votre blogue, vos livres, ces commentaires ? Vous allez dire que vous « dé-pensez », que vous déconstruisez la pensée mais le nom que vous lui donnez m’est égal: votre activité en est une d’homme qui pense sa vie. Votre définition de ce en quoi peut consister le fait de penser sa vie est-elle limitative ?

    Penser, il me semble que cela ressemble précisément beaucoup à une activité d’aménagement des croyances: on se prend la tête sur les croyances qui nous ont été inculquées, sur celles que nous nous sommes tissées, nous en tissons de nouvelles par le fait même, etc. Nous les décortiquons, les contextualisons, les plaçons sous un nouveau mode d’appréciation, nous nous mettons à croire différemment à certaines choses. Je pense que vous avez aussi des croyances mais effectivement, vous avez un vocabulaire particulier et il faudrait que vous définissiez ce que vous entendez par là pour qu’une discussion soit possible.

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    1. Je suis d’accord avec ce que vous dites et je n’ai pas dit que je ne pensais pas.

      Nous ne savons pas ce qui se passe dans la tête des gens et nous n’imaginons pas que cela puisse être différent de ce qui se passe dans la nôtre. Par exemple, je rêve en noir et blanc. Pour moi, c’était ainsi pour tout le monde, jusqu’à ce qu’un jour, je demande à quelqu’un. Cette personne m’a répondu qu’elle rêvait en couleur. Je ne peux pas savoir si c’est vrai. Un jour, j’ai lu que les gens avaient du mal à ne penser à rien, c’est d’ailleurs l’objet de la méditation. Là aussi, j’ai demandé à quelques personnes si elles avaient toujours quelque chose qui leur passer par la tête. La réponse a été oui. Là encore, je ne peux pas savoir si c’est vrai. Je n’ai pas ce problème. Je peux marcher et penser à quelque chose, par exemple, ce que je vais vous répondre, et je peux aussi marcher et ne penser à rien. Je pense quand je le souhaite, parce que j’aime cela, comme j’aime marcher. Nous pensons des histoires que nous pouvons raconter ou écrire. Nous pensons le passé ou le futur. Penser sa vie, c’est penser ce que nous avons fait, ce que nous aurions pu faire, ce que nous ferons. Cela m’arrive rarement. C’est pourquoi je dis que je n’ai pas beaucoup d’émotions, car lorsque nous pensons notre vie, cela a rapport à des émotions. Je pense plutôt des histoires qui concernent la société, l’humain, la vie, etc.

      Donc, je prends comme hypothèse que les enfants ne pensent pas, qu’ils vivent. Je suis certain qu’il en est ainsi, mais en disant qu’il s’agit d’une hypothèse, cela permet d’éliminer certaines ambiguïtés, comme l’âge, mais surtout à partir de quand nous pouvons dire qu’il s’agit d’une pensée. A trois ans, un enfant peut avoir appris à répéter les pensées des adultes. C’est ainsi qu’il apprend à raisonner, que ceci peut se dire et pas cela (ce qui va dépendre de ses parents). Je ne sais pas ce qui lui passe par la tête. Aussi, je ne sais pas à partir de quand nous pouvons dire qu’il pense, qu’il ne fait pas que dire ce qui peut se dire.

      Néanmoins, ce qui est intéressant, c’est la différence entre agir sans penser et agir en le pensant. Lorsque je marche en pensant, je ne vois pas ce qui est autour de moi. Je pense. Lorsque je ne pense pas, j’observe ce qui est autour de moi. Maintenant, vous voyez un coucher de soleil en pensant que c’est beau. Est-ce que vous avez vu le coucher de soleil ou avez vous pensé « votre vie », ce que vous pensiez voir? Vous devriez en douter (j’ai enfin compris ce que voulait dire Descartes). Or, un enfant ne doute pas. Si sa mère est triste, il n’en doute pas, il ne se demande pas s’il se trompe. Il agit différemment (que si elle n’était pas triste) sans se poser de question. C’est cela que je veux dire par ne pas penser sa vie. C’est ainsi que j’agis et quand je suis attentif, je suis perturbé par les dissonances entre ce que j’observe, cette personne est triste et ce qu’elle me dit, « je ne suis pas triste ». Cette personne ne vit pas sa vie, elle la pense.

      Maintenant, ce que nous pensons, ce sont toujours des croyances. Aussi, cela me pose un autre problème, c’est que je n’ai pas de croyance (je ne suis pas sûr, alors disons très peu). Je ne connais pas les rituels (relatifs aux croyances), je ne sais pas bien ce qu’il faut faire quand on me dit une chose, comme « je suis triste ». Vous noterez une ambiguïté, et c’est là où je craignais de vous choquer. La tristesse qu’a vu l’enfant n’est pas une émotion, alors que la tristesse du « je suis triste » est une émotion. Dit autrement, l’émotion est ce qui se pense, une croyance.

      Il devient donc nécessaire d’expliquer ce qu’est une croyance. Lorsque je dis, « ce qu’est une croyance », cela signifie que la croyance est une croyance, nous ne pouvons que la définir. Aussi, plutôt que de se mettre d’accord sur une définition, je vais plutôt dire comment nous la reconnaissons et comment nous l’apprenons.

      Nous reconnaissons une croyance parce que c’est un mot qui désigne une chose invisible, que personne ne peut nous montrer, nous faire sentir, toucher, etc. En fait, ce sont tous les mots, sauf que ceux qui désignent des choses visibles (une poule, un nuage, ou même un atome, car quelqu’un pourrait nous montrer quelque chose en disant que c’est un atome), sont des croyances pour ceux qui peuvent les penser, c’est-à-dire les définir. Peu importe, les choses invisibles sont suffisamment nombreuses : le temps, la conscience, Dieu, le passé, le futur, le présent, l’énergie, la vitesse, la loi, le pouvoir, la justice, le vol. Il y en a une multitude. Or, nous « croyons » les voir, je devrais dire nous « pensons » les voir. C’est pourquoi nous pouvons en douter. Lorsqu’un enfant demande « pourquoi il y a des nuages ? », c’est parce qu’il peut en douter, qu’il pense le nuage, ce n’est plus ce qu’il observe. D’où l’ambiguïté sur « à partir de quand un enfant pense », question qui ne serait pas posée dans l’antiquité (du temps de la mythologie), car il y avait peu de choses à penser.

      Une croyance est un rituel sacrificiel. Nous demandons à quelqu’un d’accomplir un sacrifice pour nous prémunir d’un malheur qui est provoqué par la croyance. C’est absurde dit ainsi, mais nous n’avons pas le choix, car nous ne savons pas qu’il s’agit d’une croyance. Le sacrifice provoque une émotion qui peut-être refoulée (donc une émotion selon Freud parce que nous pourrions mettre des mots dessus). Or, c’est en vous lisant que j’ai réfléchi à cela, au fait que c’était les croyances qui conduisaient aux émotions.
      Nous apprenons donc une croyance parce que quelqu’un nous demande d’accomplir un sacrifice. Nous expérimentons alors l’émotion en l’accomplissant. C’est une croyance, parce que celui qui demande le sacrifice ne sait pas dire POURQUOI nous devons l’accomplir. Il le justifie donc par la croyance, « parce que la chose invisible » (parce que le temps, la conscience, le vol, etc.). Cela signifie que nous expérimentons la croyance en manipulant des choses matérielles, sinon nous ne pourrions pas y croire. Et nous « croyons » voir ce que désigne la chose invisible parce que nous voyons le résultat du sacrifice (c’est alors une vérité si nous pouvons démontrer que le sacrifice conduit au résultat).

      C’est difficile de donner un exemple, car cela suppose que vous admettiez que la conscience ou que sais je, la maladie, la peur soient des croyances. Et il faut aussi que je puisse dire pourquoi (je ne le sais que pour quelques unes). Aussi, nous pouvons prendre le cas du père Noël. Ce qui est délicat, c’est que ce ne sont pas les enfants qui croient au père Noël, mais les parents. Vous croyez qu’il faut fêter Noël. Vous ne savez pas pourquoi. Vous fêtez Noël parce que vos parents vous ont fait croire au père Noël, que vous avez appris à accomplir un sacrifice. Vous avez expérimenté (en tant qu’adulte) cette croyance en manipulant des choses matérielles : un calendrier sur lequel est écrit la date à laquelle il faut fêter Noël. Vous ne savez pas pourquoi il faut le fêter, pourquoi quelqu’un il y a bien longtemps (apparemment en 300 et quelques) a écrit cette date sur un calendrier. C’est une croyance uniquement, parce que vous ne savez pas que vous fêtez Noël parce que c’est écrit sur un calendrier, parce que personne ne vous l’a dit. Il suffit de vous le dire et ce n’est plus une croyance. Peut-être ce n’est pas une croyance pour vous. La distinction est uniquement l’obligation, vous devez le fêtez, plutôt qu’une possibilité, vous pouvez le fêtez. Car, si vous ne savez pas pourquoi vous devez vous prémunir du malheur qui pourrait se produire si vous ne le fêtiez pas, alors que si vous savez pourquoi, ce n’est pas important de ne pas le fêtez lorsque vous ne le pouvez pas. Dans ce cas, vous refuserez le sacrifice, de le fêter quoi qu’il en coûte. Les autres croyances ne sont pas anodines comme celle-ci. Pour ma part, depuis toujours je refuse les sacrifices, tout au moins lorsque je le peux.

      Alors, maintenant les enfants. Et bien, ils ne peuvent pas acquérir la croyance, car à cet âge, ils ne savent pas lire un calendrier. Ce n’est pas leur croyance, ils n’ont aucune raison de croire leur parent. Alors, les parents doivent leur mentir (il n’y a pas d’autres possibilités que de mentir, lorsque la croyance ne peut pas être expérimentée par celui qui doit accomplir le sacrifice). Ils vont leur demander un sacrifice, tel qu’être sage, en échange d’un cadeau que leur apportera le père Noël. Ils verront le résultat de la chose invisible (en l’occurrence le père Noël), les cadeaux qu’il leur aura apporté. Donc, ce sera vrai, le père Noël apporte des cadeaux. Être sage peut conduire à des émotions diverses et sans doute que la récompense (les cadeaux) également. Les parents leur auront enseigné LEUR croyance. Lorsqu’ils apprendront qu’ils leur ont menti, que le « père Noël » n’existe pas, ils continueront à croire qu’il faut fêter Noël (pas toujours, cela dépend des émotions, de leur refoulement ou pas, etc.).

      Ce que vous cherchez dans la bible, c’est ce à quoi vous croyez. Et vous ne le trouverez pas, car c’est ce qui n’est pas dit. Cependant, cela va « résonner » chez vous, lorsque ce seront vos croyance.

      Les croyances disparaissent lorsque nous savons pourquoi. Nous n’avons alors plus besoin de penser, « dois-je fêter Noël; est-ce que j’aurais dû faite tel cadeau plutôt que tel autre », etc. Je pense qu’aucune croyance n’a disparu depuis la mythologie grecque, et sans doute même avant cela. Et cela nous amène à Aristote.

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