Écosophie #1: l’art d’habiter le monde

Écosophie #1: l’art d’habiter le monde

Pour ceux et celles qui ne l’ont pas encore réalisé, j’annonce que les jours de notre civilisation sont comptés. Ou du moins, que les jours de notre paradigme actuel quant à la façon d’habiter le monde – soit la façon moderne, qui consiste à viser un perpétuel accroissement de notre arsenal d’objets – sont comptés. Je ne ferai pas la démonstration de cette annonce dans la mesure où les preuves affluent un peu partout des multiples organismes scientifiques de la planète et qu’elles sont éminemment faciles à trouver sur le Web. Qu’il nous suffise ici de rappeler que les ressources énergétique de la planète sont en train de s’épuiser et que le climat se réchauffe à vitesse grand « V ». Pour ces deux raisons, c’est un fait indisputable que le système Terre ne pourra pas soutenir encore très longtemps l’état actuel des choses.

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Du besoin d’écrire

Du besoin d’écrire

C’est une drôle de chose que le besoin d’écrire. Pourquoi m’installer à mon bureau et me saigner à former des phrases cohérentes qui elles-mêmes s’assemblent en des touts qui se veulent cohérents, au lieu de tout simplement réfléchir pour moi-même, assis bien confortablement dans un coin douillet de ma maison ? Cela serait après tout tellement plus simple et plus naturel. Pourtant, je ne puis le nier, j’ai bel et bien besoin d’écrire et il ne me suffit pas de réfléchir pour moi-même. Évidemment, une langue bien pendue saisirait certainement cette occasion pour expliquer le phénomène en m’accusant d’une quelconque forme de narcissisme: « cet homme veut être vu ! » dirait-il, « il a besoin d’être vu pour se sentir exister ! » Peut-être même enchaînerait-il sur la vocation proprement narcissique de la blogosphère. Ce à quoi l’usage voudrait que je m’insurge énergiquement en rappelant que je ne suis préoccupé que par le noble exercice de la philosophie. Mais voilà: le fait est que je ne m’insurgerais pas du tout et cela pour la bonne raison qu’il y a une part de vérité là-dessous.

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La philosophie bondissante

La philosophie bondissante

Il m’arrive parfois, lorsque je suis profondément plongé dans une réflexion, et particulièrement lorsque cette réflexion a pour caractéristique d’être philosophique, de m’éveiller soudainement et de me rendre compte que j’étais jusque-là, pendant tout ce temps, foncièrement absent de ce qui se passait autour de moi. J’émerge alors de mes abysses intérieurs et je réalise que le temps s’est rapidement écoulé, que j’ai loupé les quelques moments qui ont précédé. Puis, je me demande ce que ces moments auraient pu être. Peut-être de précieux instants de contemplation dont j’eus pu m’emplir l’âme, ou une seconde de plein et entier dévouement à quelque ouvrage qui eût eu l’heur de me rendre fier, ou bien même la parole d’un être cher dont j’eusse pus m’enguirlander le cœur. Lire la suite « La philosophie bondissante »

Chroniques de la vie mutilée #5: Saint Adolf

Chroniques de la vie mutilée #5: Saint Adolf

Parfois, je me demande si, en ayant fait du nazisme et du totalitarisme une espèce de trou noir qui, par sa démesure, aspire toute autre espèce de vice, aimante toutes les propensions dont sont habités les parangons de la vertu à désigner le mal qui les entoure et qui réduit à des balivernes toutes les petites saloperies ordinaires du monde, Adolf Hitler n’a pas finalement mieux réussi que Jésus Christ lui-même à absoudre les hommes de leurs péchés.

Chroniques de la vie mutilée #4: Comment se planter en beauté

Chroniques de la vie mutilée #4: Comment se planter en beauté

C’est certainement l’une des propensions les plus grossières et les plus ordinaires de l’homme que de révérer le succès, de n’apercevoir la vertu que dans ce qui réussit, de confondre le rang et l’esprit. Et cela pour la bonne raison que cette révérence ne demande aucun effort particulier, l’âme fragile ployant naturellement devant le cours des choses. Mais quant à s’aiguiser quotidiennement le regard afin de persister à déceler le juste dans ce qui est humilié et écrasé, et à prendre des risques en faveur de cette autre vertu, quitte à se planter en beauté, il faut pour cela une âme et des cojones d’acier.

Le totalitarisme guimauve – 2e partie

Le totalitarisme guimauve – 2e partie

Dans l’épisode précédent de cette petite enquête autour du concept proposé de totalitarisme guimauve, je discutais de la manière dont nous pouvons envisager une déclinaison contemporaine du totalitarisme qui soit exempte de terreur et ce, malgré le fait que précisément, le concept de totalitarisme soit très étroitement lié à la terreur des régimes nazis et bolcheviques du XXe siècle. Pour ce faire, je replaçais le phénomène de ces deux régimes dans un contexte beaucoup plus large, soit celui d’une maladie civilisationnelle à laquelle je donnais le nom de crise du nihilisme. La crise du nihilisme correspond ainsi à ce moment où le fil qui relie les individus à l’arrière-fond traditionnel et moral de la civilisation se rompt, laissant place à un monde où règne le relativisme. Lire la suite « Le totalitarisme guimauve – 2e partie »

Citation: Günther Anders

Citation: Günther Anders

Certes, le monde dans lequel nous vivons n’est pas un royaume des Idées. Mais il est incontestablement plus platonicien que ne l’a jamais été le monde. Et ce pour la simple raison qu’il se compose de choses qui sont en grande partie des produits de série standardisés, des produits qui ont vu le jour en tant qu’imitations ou reproductions de modèles, de plans ou de matrices. Ils doivent leur existence à des Idées.

– L’obsolescence de l’homme

L’isolation rationaliste

L’isolation rationaliste

L’un des grands écueils de la pensée rationaliste ayant cours en Occident depuis l’avènement de la modernité, c’est qu’elle nous fait ramener les choses du monde et de la pensée à des éléments unitaires, isolés et supposément autonomes. Si la raison est effectivement un instrument qui tranche le réel et le débite en menues petites rondelles, seul le rationaliste s’y abandonne au point de croire en un monde passé au hachoir. Par exemple, sous l’égide d’une pensée rationaliste, la forêt n’en est plus une : c’est un agglomérat d’arbres. Et l’arbre n’en est plus un : c’est un agglomérat de feuilles et de branches. De même que la société n’en est plus une : c’est une masse d’individus atomisés et soi-disant « libres » (j’ai des haut-le-cœur à la seule écriture de ce mot). Lire la suite « L’isolation rationaliste »