La philosophie bondissante

La philosophie bondissante

Il m’arrive parfois, lorsque je suis profondément plongé dans une réflexion, et particulièrement lorsque cette réflexion a pour caractéristique d’être philosophique, de m’éveiller soudainement et de me rendre compte que j’étais jusque-là, pendant tout ce temps, foncièrement absent de ce qui se passait autour de moi. J’émerge alors de mes abysses intérieurs et je réalise que le temps s’est rapidement écoulé, que j’ai loupé les quelques moments qui ont précédé. Puis, je me demande ce que ces moments auraient pu être. Peut-être de précieux instants de contemplation dont j’eus pu m’emplir l’âme, ou une seconde de plein et entier dévouement à quelque ouvrage qui eût eu l’heur de me rendre fier, ou bien même la parole d’un être cher dont j’eusse pus m’enguirlander le cœur. Lire la suite « La philosophie bondissante »

Chroniques de la vie mutilée #5: Saint Adolf

Chroniques de la vie mutilée #5: Saint Adolf

Parfois, je me demande si, en ayant fait du nazisme et du totalitarisme une espèce de trou noir qui, par sa démesure, aspire toute autre espèce de vice, aimante toutes les propensions dont sont habités les parangons de la vertu à désigner le mal qui les entoure et qui réduit à des balivernes toutes les petites saloperies ordinaires du monde, Adolf Hitler n’a pas finalement mieux réussi que Jésus Christ lui-même à absoudre les hommes de leurs péchés.

Chroniques de la vie mutilée #4: Comment se planter en beauté

Chroniques de la vie mutilée #4: Comment se planter en beauté

C’est certainement l’une des propensions les plus grossières et les plus ordinaires de l’homme que de révérer le succès, de n’apercevoir la vertu que dans ce qui réussit, de confondre le rang et l’esprit. Et cela pour la bonne raison que cette révérence ne demande aucun effort particulier, l’âme fragile ployant naturellement devant le cours des choses. Mais quant à s’aiguiser quotidiennement le regard afin de persister à déceler le juste dans ce qui est humilié et écrasé, et à prendre des risques en faveur de cette autre vertu, quitte à se planter en beauté, il faut pour cela une âme et des cojones d’acier.

Le totalitarisme guimauve – 2e partie

Le totalitarisme guimauve – 2e partie

Dans l’épisode précédent de cette petite enquête autour du concept proposé de totalitarisme guimauve, je discutais de la manière dont nous pouvons envisager une déclinaison contemporaine du totalitarisme qui soit exempte de terreur et ce, malgré le fait que précisément, le concept de totalitarisme soit très étroitement lié à la terreur des régimes nazis et bolcheviques du XXe siècle. Pour ce faire, je replaçais le phénomène de ces deux régimes dans un contexte beaucoup plus large, soit celui d’une maladie civilisationnelle à laquelle je donnais le nom de crise du nihilisme. La crise du nihilisme correspond ainsi à ce moment où le fil qui relie les individus à l’arrière-fond traditionnel et moral de la civilisation se rompt, laissant place à un monde où règne le relativisme. Lire la suite « Le totalitarisme guimauve – 2e partie »

Citation: Günther Anders

Citation: Günther Anders

Certes, le monde dans lequel nous vivons n’est pas un royaume des Idées. Mais il est incontestablement plus platonicien que ne l’a jamais été le monde. Et ce pour la simple raison qu’il se compose de choses qui sont en grande partie des produits de série standardisés, des produits qui ont vu le jour en tant qu’imitations ou reproductions de modèles, de plans ou de matrices. Ils doivent leur existence à des Idées.

– L’obsolescence de l’homme

L’isolation rationaliste

L’isolation rationaliste

L’un des grands écueils de la pensée rationaliste ayant cours en Occident depuis l’avènement de la modernité, c’est qu’elle nous fait ramener les choses du monde et de la pensée à des éléments unitaires, isolés et supposément autonomes. Si la raison est effectivement un instrument qui tranche le réel et le débite en menues petites rondelles, seul le rationaliste s’y abandonne au point de croire en un monde passé au hachoir. Par exemple, sous l’égide d’une pensée rationaliste, la forêt n’en est plus une : c’est un agglomérat d’arbres. Et l’arbre n’en est plus un : c’est un agglomérat de feuilles et de branches. De même que la société n’en est plus une : c’est une masse d’individus atomisés et soi-disant « libres » (j’ai des haut-le-cœur à la seule écriture de ce mot). Lire la suite « L’isolation rationaliste »