La braguette maléfique

La braguette maléfique

D’entrée de jeu, je dois avertir le lecteur que je vais révéler, dans les lignes qui suivent, un pan tout à fait obscur de mon existence. C’est quelque chose de si troublant qu’il est fort possible que l’image que l’on se sera assurément faite de moi jusqu’ici – soit celle d’un irrésistible et distingué dandy de plage au bronzage parfait – soit troublée à tout jamais. Pourtant, quelque chose me force tout de même à écrire. Est-ce le génie malin qui m’habite et me pousse depuis toujours à toutes les turpitudes philosophiques dont je barbouille ces lieux ? Je n’en sais rien: le bourreau qui s’acharne sur mon cas prends soin de ne jamais se dévoiler, me privant ainsi de la mince consolation qu’il y aurait à connaître la cause de mon tourment. Ici, comme ailleurs, je dois donc une fois de plus m’abandonner à cette servitude dont j’ignore les tenants et aboutissants. Lire la suite « La braguette maléfique »

Mammouth et fier de l’être

Mammouth et fier de l’être

Quand j’étais petit, c’est-à-dire il y a quelques millions d’années, mes semblables et moi écoutions de la musique principalement à partir de bobines de ruban magnétique fixées sur un support de plastique que nous appelions cassette audio. C’était un horrible support car le ruban se tordait constamment, se déchirait ou se déroulait et il fallait alors l’enrouler de nouveau manuellement. Pourtant, c’est un support qui nous rendait heureux et qui était, de notre point de vue, la réalisation même du progrès. D’ailleurs, beaucoup d’individus de mon âge ont connu l’incommensurable fierté de se promener dans la rue avec, à la ceinture, un rutilant walkman Sony Sports jaune. Lire la suite « Mammouth et fier de l’être »

Le degré zéro de l’angoisse

Le degré zéro de l’angoisse

Comme le lecteur de ce blogue le sait déjà, ou comme il va maintenant l’apprendre, l’auteur de ces lignes est un ardent collectionneur d’angoisses. J’accumule en effet depuis maintes années ces petites et charmantes bestioles et les dispose amoureusement dans les replis de mon esprit. Dans mes temps libres, je les dépèce afin d’en élaborer la nomenclature et si possible, j’en tire quelque substance philosophique. C’est un passe-temps qui n’est pas de tout repos. Dans mes heures sombres, je geins comme un animal pris au piège, au milieu d’atroces convulsions. Des formes nouvelles de désespoir et de douleur me traversent. Je ne sais plus qui je suis ni où je vais. Lire la suite « Le degré zéro de l’angoisse »

Derrière les fenêtres

Derrière les fenêtres

Il m’est venu à l’esprit, il y a quelques jours de cela, lors d’un joyeux moment d’oisiveté, que la fenêtre d’une maison et l’écran d’un ordinateur (ou d’un téléphone portable, d’une tablette) partagent exactement le même principe de base: soit un cadre rectiligne fixe duquel émane une lumière permettant à l’œil de contempler une réalité extérieure – celle de la nature dans le premier cas, et celle de la virtualité dans l’autre. Cette dernière peut en effet être considérée comme une réalité extérieure dans la mesure où ce qui y apparaît rompt de manière nette avec l’espace de la maison. De la même façon, il est permis de considérer le monde de l’écran d’ordinateur, avec ses assortiments d’icônes, de pages web et de tous ces petits gadgets propres aux systèmes d’exploitation modernes (dont le plus connu s’appelle d’ailleurs Windows), comme une sorte de paysage. Lire la suite « Derrière les fenêtres »

Carmageddon !

Carmageddon !

Qui n’a jamais eu, en conduisant sa voiture, le fantasme inavouable d’appuyer à fond sur l’accélérateur afin d’écrabouiller quelque piéton ou cycliste indiscipliné ? D’amasser quelques « points » en débarrassant la route de ces éléments nuisibles ? De se donner une bonne petite dose d’ultraviolence, comme le fait Alex DeLarge – le charmant protagoniste de A Clockwork Orange – à bord de sa Durango 75. De fait, je suis convaincu, ou plutôt je sais que cela arrive même aux natures les plus douces, les plus pacifiques et les plus bienveillantes qui soient. C’est qu’il s’agit d’un phénomène qui ne découle pas d’une quelconque forme de sociopathie ou de psychopathie mais qui est plutôt inhérent au traitement que le monde de technique et de technologie qui nous entoure fait subir au corps humain. Un traitement auquel, il faut le dire, nous nous soumettons volontiers. Lire la suite « Carmageddon ! »

Posologie de l’espoir

Posologie de l’espoir

L’espoir est la survivance de la rage d’agir au-delà de l’impuissance. Lorsque le désir qui habite un homme a des aboutissants qui ne sont plus à sa portée, il ne lui reste plus qu’à espérer, c’est-à-dire à propulser ce qui lui reste de rage d’agir dans les hauteurs, comme on jette une bouteille à la mer, comme on couche les mots sur une feuille de papier: pour les autres, pour que l’élément de sa propre pensée leur devienne accessible et qu’ils puissent participer à son impossible édification; ou alors pour soi-même, pour se délester un moment, le temps de laisser mûrir le fruit inaccessible, le temps d’accumuler des forces fraîches et de revenir, porté par un élan nouveau. Il est par conséquent inexact d’affirmer, à l’instar d’Albert Camus, que le fait d’espérer constitue une sorte de résignation. Lire la suite « Posologie de l’espoir »

Comment je me suis égaré puis retrouvé

Comment je me suis égaré puis retrouvé

Lors de la rédaction de mon dernier article Dompteur à la recherche de l’intériorité perdue, il y a eu un moment où j’ai malheureusement complètement perdu le sens de ce que j’avais à écrire. Beaucoup d’idées foisonnaient dans le sillage de cet ouvrage mais en revanche, le fil conducteur m’était devenu invisible et les mots ne formaient plus qu’un fatras incohérent. Il faut dire, en toute modestie, que le sujet était complexe et qu’il fallait beaucoup de doigté pour ne pas faire basculer le tout en un complaisant festival de considérations abstruses. Puis, dans une rubrique complètement étrangère au sujet de l’intériorité, intitulée Résolution nocturne #3Hervé Bourgois m’a dit « le bon chemin est toujours le nôtre* ». Cette remarque a eu l’effet inespéré de sauver du naufrage l’épineux article que je n’arrivais pas à terminer. Lire la suite « Comment je me suis égaré puis retrouvé »