Faux froid

Faux froid

Lorsque dans le cristal de la nuit nous regardons les étoiles, elles peuvent facilement nous apparaître, de la distance infinie où elles se trouvent, terriblement froides. Isolées dans leur océan ténébreux, elles ont en effet l’allure de petites billes de glace qui ne font que refléter la lumière de quelque mystérieuse lune lointaine.

Les étoiles me font penser aux philosophes. Lire la suite « Faux froid »

Les mangeurs de bébés

Les mangeurs de bébés

Cet improbable bout de chair, concentré de beauté et d’intelligence, qui provoque quotidiennement des ouragans dans mes souvenirs et des tornades dans ma cervelle, et que j’appelle ma « fille », aura cinq ans d’ici quelques semaines. Cela signifie que le tendre chapitre de sa petite enfance s’achève déjà et qu’elle commencera bientôt, dans quelques mois, si ce n’est dans quelques semaines, à devenir quelque chose comme une grande enfant. Tantôt, elle franchira les portes de la plus noble des institutions de la civilisation (bien que les hommes l’oublient trop souvent !) : l’école, où elle découvrira qu’il y a un monde de savoir, de sagesse et d’aventure qui s’étend bien au-delà du cercle étroit qu’elle forme avec son Papa et sa Maman. Bien que l’idée de voir éclore la précieuse vie dont ma fille est porteuse m’emplisse évidemment de fierté, je ne peux nier que je ressens une certaine tristesse à l’idée que cette douce époque s’achève déjà. Lire la suite « Les mangeurs de bébés »

Chroniques de la vie mutilée #3: Commodité catastrophique

Chroniques de la vie mutilée #3: Commodité catastrophique

La crise écologique qui nous pend au bout du nez relève d’une responsabilité collective, donc abstraite. Pour cette raison, elle prend aux yeux de beaucoup d’individus un air d’inéluctabilité, comme s’il y avait là des forces naturelles qui se manifestaient, des forces qui dépassent l’échelle de l’action humaine. Mieux : il semble que celui qui oserait mettre le pied dans l’engrenage pour s’attaquer à ces forces naturelles risquerait de provoquer une nouvelle catastrophe – par exemple l’effondrement de l’économie – dont il aurait à prendre la responsabilité sur ses épaules. Conséquemment, entre deux catastrophes possibles, les hommes choisissent la plus commode : c’est-à-dire celle dont ils ne peuvent être tenus responsables. D’où l’inaction actuelle.

La fin du grand rêve

La fin du grand rêve

J’ai toujours été fasciné par la progression étonnamment rapide de la carrière de John Lennon. Que l’on y songe: en 1965, il n’est encore qu’une espèce de Backstreet Boy de luxe dont la principale fonction est de faire frémir les jeunes minettes à la sexualité encore recouverte du manteau oppressant de la religion. À peine deux années plus tard, en 1967, il devient l’un des grands prêtres idéalistes de la vague hippie en proclamant, un joint à la main, et quelques amphétamines dans le corps, le pouvoir rédempteur de l’amour et de la paix sur terre. Trois petites années passent encore et cette fois, le Lennon nouveau crie sa désillusion la plus complète à l’égard des idées grandioses des années soixante. Lire la suite « La fin du grand rêve »

Chroniques de la vie mutilée #2: Le journaliste intérieur

Chroniques de la vie mutilée #2: Le journaliste intérieur

Le spectacle médiatique caractéristique de notre époque déteint si bien sur nous, hommes de la postmodernité, que lorsque nous n’y prenons gare, l’esprit journalistique vient court-circuiter sans cesse notre faculté de réflexion. En fait, exposés quotidiennement comme nous le sommes aux surabondantes sources d’information qui nous entourent, cet esprit devient véritablement une seconde nature, une sorte d’indélogeable incrustation psychique que nous pouvons à bon droit appeler notre journaliste intérieur. Lire la suite « Chroniques de la vie mutilée #2: Le journaliste intérieur »

Citation de la semaine: Matthew B. Crawford

Citation de la semaine: Matthew B. Crawford

L’admiration de l’excellence humaine relève d’un ethos aristocratique. […] l’égalité est elle-même un idéal aristocratique. C’est l’idéal de l’amitié entre ceux qui se tiennent à distance de la masse et se reconnaissent entre eux comme des pairs. En revanche, l’idéal bourgeois ne repose pas sur un principe d’égalité, mais sur un principe d’équivalence – sur l’idée d’une interchangeabilité qui efface les différences de rang. […] nos intuitions aristocratiques peuvent en fait contribuer à humaniser et approfondir nos convictions démocratiques plutôt que les menacer.

– Éloge du carburateur