Papa, où je serai quand je vais être morte ?

Papa, où je serai quand je vais être morte ?

Il y a quelque temps, de haut de ses trois ans et demi, Mini-Dompteuse m’a posé une question plutôt friponne: « Papa, où je serai quand je vais être morte ? » Quel ne fut pas mon étonnement ! Il faut ici que le lecteur s’imagine ces mots prononcés avec la douceur infinie d’une voix d’enfant, réduite à un petit filet mignon par la solennité du moment. Que l’on me croit sur parole: c’est quelque chose qui va droit à l’âme. La question était trop importante pour m’avancer sans réfléchir; j’ai donc d’abord affirmé, plutôt évasivement, qu’il s’agit d’un grand mystère et qu’à tout le moins, nous pouvons penser que nous demeurons dans les souvenirs des personnes qui nous ont aimé. La réponse était bien entendu insuffisante; elle le savait, je le savais, mais nous avons néanmoins convenu tacitement d’en rester là… jusqu’à la prochaine fois ! Lire la suite « Papa, où je serai quand je vais être morte ? »

No man’s land

No man’s land

Je ne me rappelle plus beaucoup de mes voyages d’enfance sur les côtes de la Nouvelle-Angleterre. Quelques lambeaux d’images ou d’impressions filtrent bien encore jusqu’à mon esprit : l’allure générale d’une rue, d’une plage, la couleur d’un ciel, d’un motel, le bruit des vagues, des cris d’enfants, un château dans le sable, une odeur saline mêlée à l’effluve des hot-dogs grillés. Mais tout cela est fuyant et ne forme plus qu’une mosaïque disparate, et bien peu sensée – pour autant que l’on considère que le sens du passé ne tient qu’à la capacité que nous avons de le reconstituer. Du reste, je ne suis plus certain de la provenance réelle de ces réminiscences: peut-être ne s’agit-il après tout que d’un collage fictif de sensations tirées d’événements d’une nature complètement différente ou même empruntées à des œuvres cinématographiques. Lire la suite « No man’s land »

Le don poétique de l’existence

Le don poétique de l’existence

Les livres de Søren Kierkegaard ont ce don rare de pouvoir provoquer ma colère. Non pas parce que s’y trouveraient décrites des situations qui exaspéreraient mon sens de la dignité humaine, ni parce que l’auteur y livrerait quelques énormités qui détonneraient avec ce que l’on attend d’un esprit fin – loin de là, mais bien parce que certaines pensées y resplendissent avec tant de force qu’il m’apparaît tout bonnement insupportable que je n’y aie jamais songé auparavant. Comme si ce n’était pas suffisant, cet éminent esprit eut sans doute l’une des plus belles plumes à avoir gribouillé sur terre. La profondeur et le style s’unissent parfois chez Kierkegaard jusqu’à asséner au lecteur une inoubliable paire de claques. Je voudrais ici rendre au lecteur du présent blogue l’une de ces fameuses taloches que j’ai eu le plaisir de recevoir de la part de l’écrivain danois. Lire la suite « Le don poétique de l’existence »