La braguette maléfique

La braguette maléfique

D’entrée de jeu, je dois avertir le lecteur que je vais révéler, dans les lignes qui suivent, un pan tout à fait obscur de mon existence. C’est quelque chose de si troublant qu’il est fort possible que l’image que l’on se sera assurément faite de moi jusqu’ici – soit celle d’un irrésistible et distingué dandy de plage au bronzage parfait – soit troublée à tout jamais. Pourtant, quelque chose me force tout de même à écrire. Est-ce le génie malin qui m’habite et me pousse depuis toujours à toutes les turpitudes philosophiques dont je barbouille ces lieux ? Je n’en sais rien: le bourreau qui s’acharne sur mon cas prends soin de ne jamais se dévoiler, me privant ainsi de la mince consolation qu’il y aurait à connaître la cause de mon tourment. Ici, comme ailleurs, je dois donc une fois de plus m’abandonner à cette servitude dont j’ignore les tenants et aboutissants. Lire la suite « La braguette maléfique »

Mammouth et fier de l’être

Mammouth et fier de l’être

Quand j’étais petit, c’est-à-dire il y a quelques millions d’années, mes semblables et moi écoutions de la musique principalement à partir de bobines de ruban magnétique fixées sur un support de plastique que nous appelions cassette audio. C’était un horrible support car le ruban se tordait constamment, se déchirait ou se déroulait et il fallait alors l’enrouler de nouveau manuellement. Pourtant, c’est un support qui nous rendait heureux et qui était, de notre point de vue, la réalisation même du progrès. D’ailleurs, beaucoup d’individus de mon âge ont connu l’incommensurable fierté de se promener dans la rue avec, à la ceinture, un rutilant walkman Sony Sports jaune. Lire la suite « Mammouth et fier de l’être »

Citation de la semaine: Julia Posca

Citation de la semaine: Julia Posca

L’ennui est un dommage collatéral de la réclusion des salariés dans l’aisance du domicile familial, aisance pourtant érigée au rang d’idéal dans l’imaginaire formaté de la classe moyenne. Un ennui qu’on nous a appris à combattre avec le feu qui l’alimente: en achetant toujours plus, idéalement plus que le voisin, même au prix de garde-robes qui débordent et de marges de crédit qui explosent.

– Le manifeste des parvenus

Chroniques de la vie mutilée #1: Le salon ambulant

Chroniques de la vie mutilée #1: Le salon ambulant

Le téléphone portable permet aujourd’hui de faire sortir de son salon des possibilités technologiques qui autrefois (hier à peine…) étaient confinées à l’ordinateur de bureau. Mais, fait tout aussi remarquable, avec ces appareils, le salon lui-même devient mobile. Lire la suite « Chroniques de la vie mutilée #1: Le salon ambulant »

Derrière les fenêtres

Derrière les fenêtres

Il m’est venu à l’esprit, il y a quelques jours de cela, lors d’un joyeux moment d’oisiveté, que la fenêtre d’une maison et l’écran d’un ordinateur (ou d’un téléphone portable, d’une tablette) partagent exactement le même principe de base: soit un cadre rectiligne fixe duquel émane une lumière permettant à l’œil de contempler une réalité extérieure – celle de la nature dans le premier cas, et celle de la virtualité dans l’autre. Cette dernière peut en effet être considérée comme une réalité extérieure dans la mesure où ce qui y apparaît rompt de manière nette avec l’espace de la maison. De la même façon, il est permis de considérer le monde de l’écran d’ordinateur, avec ses assortiments d’icônes, de pages web et de tous ces petits gadgets propres aux systèmes d’exploitation modernes (dont le plus connu s’appelle d’ailleurs Windows), comme une sorte de paysage. Lire la suite « Derrière les fenêtres »

Carmageddon !

Carmageddon !

Qui n’a jamais eu, en conduisant sa voiture, le fantasme inavouable d’appuyer à fond sur l’accélérateur afin d’écrabouiller quelque piéton ou cycliste indiscipliné ? D’amasser quelques « points » en débarrassant la route de ces éléments nuisibles ? De se donner une bonne petite dose d’ultraviolence, comme le fait Alex DeLarge – le charmant protagoniste de A Clockwork Orange – à bord de sa Durango 75. De fait, je suis convaincu, ou plutôt je sais que cela arrive même aux natures les plus douces, les plus pacifiques et les plus bienveillantes qui soient. C’est qu’il s’agit d’un phénomène qui ne découle pas d’une quelconque forme de sociopathie ou de psychopathie mais qui est plutôt inhérent au traitement que le monde de technique et de technologie qui nous entoure fait subir au corps humain. Un traitement auquel, il faut le dire, nous nous soumettons volontiers. Lire la suite « Carmageddon ! »