Chemins philosophiques

Chemins philosophiques

« Au lieu d’être un Nietzsche, devenez un Spinoza ! » : voilà de quelle manière je fus apostrophé dans la foulée de mon précédent article, le délicieux « Il faut rallumer Notre-Dame! », par un dénommé Faical. « Au lieu d’être un Nietzsche, devenez un Spinoza. » Cette phrase, aussitôt lue, se mit à tournoyer dans les méandres de mon cortex, allant et venant, comme une véritable marée nauséeuse. Suis-je un Nietzsche? Quelle question! Et ai-je tout intérêt à devenir un Spinoza? Quelle énigme! Réfléchissant à l’offrande de ce sphinx cybernétique qui avait eu l’heur d’atterrir sur mon blogue, je passai de pénibles moments, ne sachant plus du tout où j’en étais. Les insomnies me gagnèrent et me firent visiter des lieux de mon esprit que j’avais complètement oubliés – autant de déserts dont j’avais désappris la solitude, ou de glaciers dont je croyais avoir durablement meublé les silences. Lire la suite « Chemins philosophiques »

Il faut rallumer Notre-Dame !

Il faut rallumer Notre-Dame !

J’aimerais d’entrée de jeu présenter mes excuses au lecteur. Cela m’apparaît nécessaire étant donné que le constat que je m’apprête à énoncer, qui servira d’ailleurs de point de départ à cette nouvelle suite d’élucubrations, est un constat foncièrement imbécile. Je veux dire qu’il ne peut que traduire l’ineptie profonde de celui qui le formule – en l’occurrence celle de l’auteur des présentes basses œuvres. Et non seulement ce constat est-il imbécile mais en plus, je me permettrai d’ajouter l’injure à la grossièreté en prétendant qu’il a une portée universelle – autrement dit que son imbécillité appartient aussi au lecteur, et que ce constat ne concerne pas seulement le cours de ma petite personne mais également celui de la collectivité dans son ensemble. Lire la suite « Il faut rallumer Notre-Dame ! »

Le bruit de l’existence

Le bruit de l’existence

Parfois, l’idée d’entretenir une pensée philosophique m’apparaît aussi absurde que celle de vouloir jouer du violon au beau milieu d’un chantier de construction. Il faut que le lecteur daigne ici prendre un moment pour s’imaginer cette scène saugrenue d’un violoniste venant s’installer au beau milieu d’une bande d’ouvriers qui s’affairent, de marteaux-piqueurs qui grondent, de scies qui grincent et de perceuses qui vrombissent. Et où le pauvre musicien tente, malgré tout ce pénible tintamarre, de faire vibrer les cordes de son délicat instrument. Lire la suite « Le bruit de l’existence »

Chroniques de la vie mutilée #4 : de la rage de vivre et de son contraire

Chroniques de la vie mutilée #4 : de la rage de vivre et de son contraire

L’on pourrait facilement croire que le contraire de la rage de vivre est le renoncement mais même le renoncement demande un effort, une effusion passionnelle. Il consiste en une sorte de manifestation révoltée ou mésadaptée du vouloir-vivre, où l’homme se trouve ou bien dans l’impossibilité d’accepter le scandale de l’existence ou bien dénué des moyens qui lui permettraient d’y faire face. Par suite, le renonciateur saute si bien dans l’intervalle de l’instant et vit si intensément les contradictions auxquelles il fait face que le renoncement devient pour lui la seule voie possible. Lire la suite « Chroniques de la vie mutilée #4 : de la rage de vivre et de son contraire »

Faux froid

Faux froid

Lorsque dans le cristal de la nuit nous regardons les étoiles, elles peuvent facilement nous apparaître, de la distance infinie où elles se trouvent, terriblement froides. Isolées dans leur océan ténébreux, elles ont en effet l’allure de petites billes de glace qui ne font que refléter la lumière de quelque mystérieuse lune lointaine.

Les étoiles me font penser aux philosophes. Lire la suite « Faux froid »

Les mangeurs de bébés

Les mangeurs de bébés

Cet improbable bout de chair, concentré de beauté et d’intelligence, qui provoque quotidiennement des ouragans dans mes souvenirs et des tornades dans ma cervelle, et que j’appelle ma « fille », aura cinq ans d’ici quelques semaines. Cela signifie que le tendre chapitre de sa petite enfance s’achève déjà et qu’elle commencera bientôt, dans quelques mois, si ce n’est dans quelques semaines, à devenir quelque chose comme une grande enfant. Tantôt, elle franchira les portes de la plus noble des institutions de la civilisation (bien que les hommes l’oublient trop souvent !) : l’école, où elle découvrira qu’il y a un monde de savoir, de sagesse et d’aventure qui s’étend bien au-delà du cercle étroit qu’elle forme avec son Papa et sa Maman. Bien que l’idée de voir éclore la précieuse vie dont ma fille est porteuse m’emplisse évidemment de fierté, je ne peux nier que je ressens une certaine tristesse à l’idée que cette douce époque s’achève déjà. Lire la suite « Les mangeurs de bébés »

Chroniques de la vie mutilée #3: Commodité catastrophique

Chroniques de la vie mutilée #3: Commodité catastrophique

La crise écologique qui nous pend au bout du nez relève d’une responsabilité collective, donc abstraite. Pour cette raison, elle prend aux yeux de beaucoup d’individus un air d’inéluctabilité, comme s’il y avait là des forces naturelles qui se manifestaient, des forces qui dépassent l’échelle de l’action humaine. Mieux : il semble que celui qui oserait mettre le pied dans l’engrenage pour s’attaquer à ces forces naturelles risquerait de provoquer une nouvelle catastrophe – par exemple l’effondrement de l’économie – dont il aurait à prendre la responsabilité sur ses épaules. Conséquemment, entre deux catastrophes possibles, les hommes choisissent la plus commode : c’est-à-dire celle dont ils ne peuvent être tenus responsables. D’où l’inaction actuelle.

Chroniques de la vie mutilée #2: Le journaliste intérieur

Chroniques de la vie mutilée #2: Le journaliste intérieur

Le spectacle médiatique caractéristique de notre époque déteint si bien sur nous, hommes de la postmodernité, que lorsque nous n’y prenons gare, l’esprit journalistique vient court-circuiter sans cesse notre faculté de réflexion. En fait, exposés quotidiennement comme nous le sommes aux surabondantes sources d’information qui nous entourent, cet esprit devient véritablement une seconde nature, une sorte d’indélogeable incrustation psychique que nous pouvons à bon droit appeler notre journaliste intérieur. Lire la suite « Chroniques de la vie mutilée #2: Le journaliste intérieur »

Citation de la semaine: Matthew B. Crawford

Citation de la semaine: Matthew B. Crawford

L’admiration de l’excellence humaine relève d’un ethos aristocratique. […] l’égalité est elle-même un idéal aristocratique. C’est l’idéal de l’amitié entre ceux qui se tiennent à distance de la masse et se reconnaissent entre eux comme des pairs. En revanche, l’idéal bourgeois ne repose pas sur un principe d’égalité, mais sur un principe d’équivalence – sur l’idée d’une interchangeabilité qui efface les différences de rang. […] nos intuitions aristocratiques peuvent en fait contribuer à humaniser et approfondir nos convictions démocratiques plutôt que les menacer.

– Éloge du carburateur

Le brasier du monde

Le brasier du monde

C’était le jour de Noël et, assis sur un vieux fauteuil grinçant, je contemplais avec amour le feu que je venais d’allumer. Bercé par les lumières chatoyantes du brasier et les crépitements qui s’échappent de l’âtre, je me mis alors à songer que l’ensemble des petits gestes qui président à la préparation d’un bon feu constitue certainement l’un des plus grands bonheur de la vie. Il y a en effet un indicible et fascinant quelque chose dans le plaisir de fendre le bois – un plaisir rendu franc par la violence du contact avec la matière, puis dans l’étreinte donnée aux bûches pour les transporter jusqu’au lieu d’immolation, et ensuite dans le tourbillonnement des caresses olfactives, doucement dispensées par ces si précieux matériaux que sont érables, bouleaux, cèdres et autres trembles. C’est enfin dans le moment solennel où les cylindriques victimes sont empilées sur l’autel métallique, prêtes à être sacrifiées pour le seul agrément des convives rassemblés. Lire la suite « Le brasier du monde »