Dans l’épisode précédent de cette petite enquête autour du concept proposé de totalitarisme guimauve, je discutais de la manière dont nous pouvons envisager une déclinaison contemporaine du totalitarisme qui soit exempte de terreur et ce, malgré le fait que précisément, le concept de totalitarisme soit très étroitement lié à la terreur des régimes nazis et bolcheviques du XXe siècle. Pour ce faire, je replaçais le phénomène de ces deux régimes dans un contexte beaucoup plus large, soit celui d’une maladie civilisationnelle à laquelle je donnais le nom de crise du nihilisme. La crise du nihilisme correspond ainsi à ce moment où le fil qui relie les individus à l’arrière-fond traditionnel et moral de la civilisation se rompt, laissant place à un monde où règne le relativisme. Démunis de repères leur permettant de former des jugements éthiques solides, privés de patrie intérieure, les êtres découvrent alors l’absurdité de l’existence, ainsi que cette angoisse sourde qui accompagne cette découverte, et que les hommes d’aujourd’hui ne connaissent que trop bien. Or, je proposais donc que les totalitarismes terrorisants du XXe siècle peuvent être compris comme des symptômes aigus sinon explosifs d’apparition de la maladie du nihilisme. Maintenant, la tâche nous incombe certainement de rendre ce lien plus explicite en esquissant certaines grandes lignes de l’histoire de cette maladie afin de voir de quelle manière elles nous font parvenir jusqu’à l’émergence des régimes nazis et bolcheviques.

Cette histoire, elle commence en 1637 très précisément, avec cet événement extraordinaire, publicisé par la parution du Discours de la méthode, que fut la découverte du Cogito par Descartes. En effet, jusqu’à ce moment charnière de la pensée occidentale, le rapport des hommes à la nature était surtout marqué par une certaine déférence : l’on s’étonnait des forces qui sont contenues en elle et en appelait au secours de la raison afin d’en comprendre les secrets et les contradictions, et pour en déchiffrer les principes. Mais à partir de Descartes, la déférence prend le chemin de la corbeille puisque le monde sensible passe tout entier au crible d’une gigantesque suspicion, et tout ce que l’on tenait pour avéré – l’existence de Dieu, du monde perçu, de soi-même – se trouve remis en question. Face à un tel vacuum, les instruments logico-mathématiques de la raison, qui jusqu’alors n’étaient mobilisés que dans le but d’éclaircir les mystères de la nature, passent au rang de principes intrinsèques de cette dernière. Il faut dire que certaines avancées scientifiques, comme celle de la réfutation du géocentrisme par Galilée, qui remettaient en cause des faits tenus pour acquis depuis des millénaires, avaient considérablement ébranlé la foi que les hommes avaient en la nature telle qu’elle se présente à nous, au profit des principes de la logique et des mathématiques qui eux jouissent d’une certitude absolue.

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Le Cogito marque donc le coup d’envoi de ce nouveau paradigme rationaliste de la philosophie en refondant l’être de manière complètement abstraite comme substance rationnelle. Certes, en s’appuyant sur l’existence de cette substance rationnelle, Descartes déroule ensuite tout le réel au moyen d’un savant mécanisme argumentatif et retrouve le chemin qui le mène jusqu’à la restauration de Dieu et du monde entier. Seulement, le mal est déjà fait, car le monde sensible se trouve malgré tout complètement dévalué par l’exercice, et Dieu avec. L’instrument de la raison s’élève à la dignité de principe et c’est la nature qui se trouve alors réduite au rang d’instrument, ou plus précisément de lieu d’application des capacités rationnelles de l’homme. Cette curieuse inversion donne alors lieu à l’émergence de ce que nous pourrions appeler la pensée techniciste ou, plus simplement, au technicisme, c’est-à-dire une pensée qui se développe d’abord autour des moyens qui sont à la disposition de l’homme, plutôt qu’autour de ses grandes intuitions morales – par exemple celles à propos de ce en quoi peut consister une vie bonne.

Le technicisme bouleverse l’existence humaine sur deux fronts : celui de son intériorité et celui de son extériorité. Dans le premier cas, il amène l’homme à privilégier parmi ses élans intérieurs ceux qui lui permettent d’abord d’apprécier les moyens qui sont à sa disposition plutôt que ses élans d’origine affective qui pourraient l’aiguiller quant à la finalité de ses actes. La logique, les mathématiques, la pensée scientifique – figures fondamentales de la raison moderne – se trouvent ainsi fortement valorisées aux dépens de toute la sphère affective de l’homme. Or, l’affectivité est ce qui nous lie directement au monde, ce qui nous permet de nous sentir dans le monde et donc de l’appréhender comme notre maison plutôt que comme un ensemble de matériaux à façonner. Un être qui ne sentirait plus dans le monde serait condamné à errer sur terre sans but, coupé de la nature et des autres, comme s’il était pris derrière un écran invisible. Et d’une telle situation, il ne pourrait certainement ressortir qu’un grand sentiment d’absurdité, le même sentiment dont nous faisions d’ailleurs plus haut le symptôme par excellence de la maladie du nihilisme.

Par suite, les changements intérieurs de l’homme induits par l’émergence du technicisme préparent à leur tour des changements sur un autre front : celui de l’extériorité de l’existence humaine Le technicisme abat, comme nous l’avons dit plus haut, la déférence que l’homme pouvait autrefois éprouver en face de la nature. Par conséquent, l’homme moderne se laisse en de moins en moins affecter par la nature et cherche davantage à en calculer les possibilités en termes de biens pouvant être produits. Martin Heidegger avait un concept exprimant parfaitement cette réalité : celui d’Arraisonnement, soit le dévoilement, induit par une pensée techniciste, du monde comme fonds exploitable.

À la suite de l’apparition de la pensée moderne, l’Arraisonnement gagne lentement et surement, tout le long du XVIIIe siècle, ainsi que pendant les premières décennies du XIXe siècle, tous les aspects de l’existence humaine. La vie sociale se rationalise sous la forme des institutions bureaucratiques qui tendent réduire l’homme à un exemplaire anonyme au sein d’un fonds humain; l’univers marchand entre dans l’ère du capitalisme, au sein duquel le travail de l’homme se trouve arraisonné sous la forme abstraite et fétichisée de la valeur d’échange; l’agencement du décor dans lequel l’homme moderne évolue – composé notamment de l’espace urbain, de l’unité d’habitation moderne, ou encore des produits de la consommation de masse – est de plus en plus dicté par des considérations purement fonctionnelles. En contrepartie de ce dévoilement technique du monde, qui permet à l’homme les progrès les plus prodigieux, l’art de bien habiter ce monde s’appauvrit. Les racines de la culture – les traditions, les objets de foi, la déférence devant la grandeur de la nature et le mystère des choses – sont négligées en raison de leur absence de valeur technique. Avec pour résultat qu’au cours du XIXe siècle, un malaise sourd gagne les hommes de la modernité : c’est le microbe qui fait son nid.

Dès la fin du XIXe siècle, les premiers signes de la maladie apparaissent, alors que l’édifice de la culture occidentale est secoué jusque dans ses bases avec l’avènement de l’impérialisme : poussés par une logique purement marchande, et donc purement techniciste, les États se disséminent aux quatre coins du globe afin d’agrandir les limites du fonds naturel qui est disponible à leur exploitation. La nouveauté de l’impérialisme tient précisément à cette logique marchande : il ne s’agit plus d’étendre les limites d’un empire dans le but de faire rayonner la culture qui en est le centre, mais bel et bien de libérer des flux de capital que ne pouvaient plus contenir les limites de l’État-nation. Dans le processus, la cohésion politique du monde est mise à mal et ce, tant pour les colonies, dont la dignité est spoliée, que pour les États expansionnistes qui s’abîment moralement dans ces entreprises douteuses. En effet, les projets impérialistes se déroulent loin des institutions de la nation et donc dans une espèce de vacuum éthique, donnant lieu à la fleurissement d’une culture d’exploitation débridée, de parasitisme et de suprématie raciale (car tout est arraisonné par les impérialistes, même les hommes et particulièrement ceux qui sont jugés inférieurs). Bientôt, ce dépérissement moral finira par gagner l’Europe elle-même, par le truchement non seulement de capitalistes sans vergogne mais aussi par celui d’une populace tout aussi dénuée de principes qui trouvera sa prospérité dans le sillage des premiers.

Impérialisme

Quelques décennies plus tard, les mauvaises pousses de l’impérialisme vont être engraissées par la Première Guerre Mondiale. Le conflit, qui résulte en une dislocation des frontières des états européens, accélère de façon spectaculaire le long travail de sape de la pensée techniciste. Des masses entières de gens subissent le traitement déshumanisant et arraisonnant de la guerre, provoquant l’apparition de ce que Hannah Arendt appelle la populace. Réduits à de simples exemplaires au sein d’un fonds humain, déracinés, expatriés, désœuvrés et amers, tombant soudainement dans un vide politique et moral, affectivement entamés, les êtres qui composent cette populace ont perdu tous leurs repères. Évidemment, cet état de délabrement ne pouvait que devenir le terreau des plus imbéciles idéologies. Et ce qui devait arriver arriva : la populace allait éventuellement atteindre une masse critique suffisante pour permettre l’émergence de systèmes politiques qui, à l’image de cette masse douteuse, sont tout aussi dénués de principes. Je parle évidemment des régimes totalitaires classiques : ceux dont la terreur est l’apanage.

Le totalitarisme classique se présente comme un mouvement techniciste, un mouvement d’arraisonnement au sein duquel se perd tout sens de la mesure ainsi que tout rapport affectif avec le monde. Le total relativisme moral qu’il instaure rend possible un intense travail de dévoilement non seulement de la nature mais aussi des hommes eux-mêmes comme fonds à exploiter. À ce titre, le totalitarisme est le nec plus ultra du nihilisme : il est l’absurdité même érigée en système, une immense et terrible machine de production mise au service de motifs qui sont constamment ré-agencés au gré des événements. En effet, comme nous le disions avec Hannah Arendt dans le précédent épisode, les motifs officiels du totalitarisme – par exemple la lutte des classes chez les bolcheviques ou le fleurissement de la race aryenne chez les nazis – ne font que dissimuler ce qui n’est à toutes fins utiles qu’un processus d’instrumentalisation des êtres et des choses. Un processus dont l’objectif finit par se perdre au milieu de son propre tumulte.

Ayant maintenant esquissé les lignes historiques qui nous mènent de Descartes jusqu’au grand cataclysme de la Deuxième Guerre Mondiale, je me dois ici d’écrire une mise en garde. C’est que je ne voudrais surtout pas laisser croire que je tiens Descartes ou mêmes les tenants du rationalisme pour responsables de ce cataclysme. Si les grandes évolutions de la pensée influent certes sur la marche de l’humanité, il serait par contre tout à fait abusif de les associer à des événements ultérieurs par des liens de cause à effet. Descartes a ouvert les portes qui se dressaient devant lui à son époque mais il n’a évidemment pas voulu tous les déboires de la modernité. Et de toute façon, il n’est pas question d’affirmer ici que la modernité n’a que des aspects sombres; il s’agit plutôt d’essayer de porter un éclairage sur ces aspects. De plus, ce n’est pas de pouvoir juger le passé qui nous intéresse, mais plutôt de nous faire une idée sur ce que nous devons faire au présent. Aussi le prochain épisode de cette série portera plus spécifiquement sur la phase actuelle de la maladie du nihilisme, soit ce que j’appelle le totalitarisme guimauve.

12 réflexions sur “Le totalitarisme guimauve – 2e partie

  1. La pensée évolue beaucoup plus lentement que cela… La Rome antique était déjà un empire et si vous lisez la guerre des gaules, vous verrez que le discours de Jules César n’est pas si différent de celui des américains ou des européens coloniaux. Par ailleurs, le nombre de victimes de César est plus important que celui du nazisme en pourcentage. L’objet de l’empire Romain, du Nazisme et des USA est le même et les moyens sont les mêmes, le modernisme en plus.
    Il me semble que vous vous demandez si le totalitarisme « dur » aurait disparu. Le problème est alors qu’Orwell nous fait pénétrer un tel monde en tant qu’observateur. Aussi, je vous invite à lire 1Q84 qui nous le fait voir de l’intérieur. Nous ne savons pas quand nous basculons de l’un vers l’autre. Et nous ne le savons pas nécessairement une fois que nous y avons basculé. Pour le dire autrement, les esclaves romains ne savaient pas qu’un autre monde aurait pu exister. Si nous étions dans un monde totalitaire, que nous étions des esclaves depuis la deuxième guerre mondiale, nous ne le saurions pas plus qu’eux. Je pourrais aussi vous inviter à écouter cette historienne qui montre que rien n’a changé: https://www.youtube.com/watch?v=I_N2E45KWFQ
    L’histoire de la guerre que nous connaissons est celle écrite par le vainqueur… Et le vainqueur ne dit pas que c’était aussi la sienne.
    Je pense que le mot « guimauve » pourrait s’appliquer au fait que la violence pourrait être masquée. Où je vis, elle se traduit par des suicides… pas par des morts directs. Par ailleurs, vous et moi sommes du bon côté de l’empire. Les bombes ne se déversent pas sur nos têtes mais sur les ennemis de l’empire, ce qui sont supposés être les méchants. Il n’est pas certain que cela dure.
    Enfin, comme le dit Poutine, la 3ème guerre mondiale sera très rapide… c’est aussi le progrès. Ce n’est qu’un rêve de croire qu’elle n’aura jamais lieu. Mais peut-être, si elle n’avait jamais lieu, ce serait parce que nous serions dans un 1984 comme les esclaves dans l’empire romain.

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  2. Le totalitarisme dur a disparu de la civilisation occidentale. La crise a été enrayée par toutes sortes d’expédients. Comme un dépressif à qui l’on aurait administré une bonne dose de calmants. Mais la folie qui est inhérente au totalitarisme dur existe encore. C’est ce que j’appelle le totalitarisme guimauve.

    On peut certainement voir dans l’Histoire une course cyclique, un retour périodique de calamités dues à la cupidité, la vanité ou l’égomanie des hommes. Aussi, il n’est pas question ici d’affirmer que tous les maux du monde moderne découlent simplement du mouvement rationaliste dont l’avènement est marqué par Descartes. L’idée est d’essayer de dégager quelles sont les spécificités des défis auxquelles nous faisons face, de voir de quelle façon le ver s’est introduit dans le fruit de la modernité que nous avons cru si pur. Au fond, mon blogue ne tourne qu’autour de ça: un long constat de l’échec de la rationalisation du monde. Le plus souvent, la critique consiste à affirmer que cet échec est dû au fait que la rationalisation est inadéquate et qu’elle doit par conséquent être perfectionnée. Quant à moi, je me joins plutôt à ceux qui affirment que c’est la rationalisation elle-même qui est en défaut, que nous continuons à lui prêter des vertus qu’elle n’a pas et qu’elle n’aura jamais.

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    1. La question que je soulève est de savoir s’il a disparu ou s’il est dormant, en particulier parce qu’il existe depuis 3000 ans. Qu’est-ce qui vous fait penser qu’il aurait disparu? Par ailleurs, je mets également en exergue que c’est toujours quelqu’un à l’extérieur qui sait que c’est un pays totalitaire, car ceux qui sont massacrés (eux le savent) disparaissent sans que les autres ne le sachent. C’est pourquoi, je vous ai proposé un roman que je trouve fabuleux, 1Q84, dans lequel l’auteur nous fait passer d’un monde à l’autre par un passage secret et nous permet de reconnaître l’un (il y une seule lune) de l’autre (il y a deux lunes). C’est la vision d’une autre culture puisque l’auteur est japonais.

      Quand au problème que vous évoquez, je suis d’accord avec vous, tout au moins sur le fond. Le problème est le suivant: la connaissance humaine est ce à quoi nous ne sommes pas adaptés en tant que mammifère. Nous sommes adaptés à notre environnement, nous n’avions pas besoin de connaissance pour vivre, tout était présent pour nous le permettre, tant que cela était présent. Nous sommes pas adaptés au téléphone, à manger des produits manufacturés, ni même à être soignés par une médecine moderne. L’idée n’est pas de dire que l’un est mieux que l’autre, mais plutôt de dire que chaque « progrès » nous fait changer le cours des choses, amenant son lot de maladies (les cancers, les supers bactéries…) ou d’accidents (comme les accidents nucléaires, la pollution). La seule façon d’y répondre est d’attendre de nouveaux progrès. C’est une course infernale et je ne pense pas que nous puissions en sortir.

      Pour ma part, ce n’est pas mon sujet, car je ne prétends pas savoir ce qu’il faut faire. Mon sujet est plutôt le premier. Car si d’un côté nous avons le progrès, de l’autre nous avons conservé des rituels ancestraux et des modes de pensées ancestraux. Or, ce sont ces modes de pensées qui font que le totalitarisme ne peut pas avoir disparu. Pour le dire autrement, la cause est toujours présente et les rituels qui en découlent aussi. Peut-être n’est-ce qu’un totalitarisme guimauve, mais cette guimauve fait déjà beaucoup trop de victimes dans mon pays et dans celui dans lequel je vis, et je le vois beaucoup moins guimauve que vous. Connaissant la cause, je sais que cela va empirer, mais je ne peux pas savoir si vous avez raison, c’est-à-dire que cela sera moins « dur » qu’auparavant. Cependant, cette fois tout laisse penser que les USA seront l’une des victimes. Le cycle des civilisations est bien différent de celui des êtres humains, c’est pourquoi je vous trouve plutôt optimiste de croire que le totalitarisme dur est mort et enterré.

      Je ne connais pas bien Descartes qui ne m’intéresse pas beaucoup, mais je ne pense pas qu’il soit une charnière dans les modes de pensées. Le gros écart avec l’antiquité (les philosophes grecs) est l’apparition de l’esprit divin apportée par l’église catholique (ce qui se perçoit bien par l’écart entre l’évolution de l’art dans les pays catholiques par rapport aux pays orthodoxes). Je ne sais pas bien dire à partir de quand, mais peut-être cela a commencé vers le XIIème siècle (Saint-Thomas d’Aquin). La pseudo laïcité n’a pas du tout éliminé l’esprit, nous en sommes toujours là. Par ailleurs, cela n’a pas éliminé les modes de pensées précédents qui eux n’ont pas changés du tout. Pour donner un exemple anodin, je dirais que lorsque vous allez à des funérailles, vous allez vous habillez d’une façon différente de celle de tous les jours. Savez-vous que c’est pour éloigner les mauvais esprits? Que c’est issu de la culture grecque qui l’a peut être héritée du moyen orient? Savez-vous pourquoi vous aller voter? Pourquoi quelqu’un l’a imaginé il y a 2500 ans?

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      1. Je dis que le totalitarisme dur a disparu de la civilisation occidentale mais je ne sais pas s’il va revenir. J’espère que non pour ma fille. Dans tous les cas, je ne pense pas que cela soit contestable. Il y a aujourd’hui des dispositifs qui permettent de faire en sorte que la machine ne s’emballe pas une fois de plus et que des hommes ne se mettent à exterminer d’autres hommes de façon industrielle. Cela est sans doute mieux mais – et nous semblons d’accord là-dessus, le danger gronde toujours. Et il est plus près de nous que nous le pensons. En fait, les choses deviennent si ambigües… La violence prend des formes insoupçonnées. C’est cela le totalitarisme guimauve. Et le point crucial, c’est que ce n’est pas une entreprise de domination, même s’il implique des relations de domination; c’est plutôt une folie collective. Est-ce que la racine de cette folie collective est que nous continuons de transformer le monde par la technique alors que, comme vous le dites, nous ne sommes plus adaptés à ce monde ? Fort possible. Par contre, mon angle d’attaque est toujours l’intériorité. Qu’est-ce qui en nous tous continue de nous pousser dans cette direction ? Quelles sont les espaces de notre pensée que nous pourrions défricher pour changer les choses ?

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      2. « Mais je pense que vous sous-estimez gravement le mouvement global de la pensée. »

        Vous avez raison. Ce mouvement avait comme objet de rejeter la religion, mais n’a pas fait disparaître la pensée religieuse, ce qui est clair avec Descartes. Peut-être qu’à cette époque, seule l’église avait le droit de dire, alors qu’après il y a eu émergence de plein de domaines qui ont ainsi gagné le droit de dire. Ce qui me gêne alors est que tout ce qui est dit est religieux, pas scientifique. D’une façon générale, personne ne parle de la science, car il n’y a rien à en dire. La science c’est créer le téléphone, cela n’a aucun intérêt pour vous et moi car le téléphone fonctionne, nous pouvons téléphoner. Personne n’en parle. La question est de savoir si nous devons le faire. En éliminant la religion, nous n’avons pas éliminé la pensée qui nous laisse croire que quelqu’un pourrait le savoir.

        « J’achète un téléphone parce que j’ai l’impression que cela facilitera mes communications »…

        Ce n’est que la justification. Vous avez le choix de vous adapter à ceux qui ont un téléphone en en achetant un, ou de ne pas le faire. Il n’y en a pas d’autre. C’est cette pensée religieuse qui vous laisse croire que quelqu’un pourrait le savoir, que vous pourriez avoir l’impression de ceci ou de cela. Cette impression n’est que la réponse à l’incitation de ceux qui ont un téléphone pour que vous en achetiez un, que vous puissiez communiquer avec eux avec un téléphone. La superstition c’est de faire quelque chose qui n’est pas en rapport avec la cause qui le provoque. Éviter un mal-être en achetant un téléphone, n’est pas nécessairement de la superstition, car la cause du mal-être pourrait être l’inadaptation à ceux qui en ont un. Ce qui est de la superstition est de supprimer le téléphone pour que tout aille mieux.

        Si nous devions réconcilier nos pensées, je pense que c’est le rationalisme qui pose problème. Ce qui est intéressant, selon moi, avec la philosophie, c’est d’appréhender l’écart de la pensée dans le temps. Cela ne sert à rien de se référer à Aristote pour savoir si ce qu’il disait était plus juste que ce que disait Kant, et nous avons le défaut de croire qu’il aurait pu savoir ce que pensait Kant. Ce qui fait que nous oublions de nous interroger sur cet écart. Aristote est le seul philosophe qui n’a pas une pensée religieuse, parce que la religion n’existait pas. Il ne raisonne pas en ceci est le mal et ceci est le bien, mais par est-ce que ceci est la vérité. C’est pourquoi il a inventé la logique que l’on retrouve dans la mathématique. Sans la logique on ne peut pas savoir si c’est la vérité, si le téléphone permet de téléphoner. Ce n’est pas cela la rationalité ou peut-être est-ce cela? Pour moi, c’est la logique. La rationalité qui a mon sens est plutôt la raison est de savoir ce qu’il faut faire et c’est toujours la raison du plus fort, de celui qui a les meilleurs arguments, car personne ne le sait. L’écart entre Aristote et Kant est simplement qu’Aristote ne prétendait pas le savoir. La morale d’Aristote est la recherche du bien commun, de la vérité du bien. Par la suite, les philosophes ont cherché ce qui était bien ou mal, faisant comme si un esprit qui les habiterait pourrait le leur dire, C’est peut être ce que vous appelez l’intériorité, alors qu’Aristote n’en avait pas, c’est pourquoi il avait besoin de la logique. Le problème est alors que la mathématique n’intègre pas quelques axiomes, les plus importants, de la logique d’Aristote (parce que personne ne savait qu’en faire), ce qui en fait un outil rationnel et pas un outil logique. Elle sert à montrer tout autant que l’on a raison, que l’on pourrait connaître cette pensée divine que recherchait la religion, que de faire de la logique pour démontrer la science. Il faut remarquer aussi que la mathématique ne s’est pas nécessairement basée sur la logique d’Aristote.

        Oui, j’avais pensé qu’il serait bon de définir le totalitarisme pour savoir de quoi l’on parlait. La base est bien la domination qui provient du pouvoir, par là-même de l’argent (mais c’est une autre histoire). La domination est l’abus de pouvoir qui est inhérent au pouvoir. Comme nos sociétés sont basées sur le pouvoir, la domination existe depuis des millénaires (depuis que l’argent existe). Lorsque vous parlez de totalitarisme « guimauve », la question est de savoir si l’abus de pouvoir est « guimauve », disons que la violence aurait été éliminée, ou si nous le confondons avec le pouvoir, ce qui signifierait qu’il serait dormant tant que ceux qui ont le pouvoir ne vont pas chercher à le défendre (Orwell disait justement que la finalité du pouvoir est le pouvoir ; et il n’y en a pas d’autre). Pour ma part, comme j’en connais la cause, je sais qu’il est dormant. Ceux qui ont le pouvoir en abuseront un jour ou l’autre. Mais je ne sais pas si ce sera une violence « guimauve ». Ce qui se passe en France a conduit pour l’instant a deux morts, 70 éborgnés, et c’est sans compter les problèmes respiratoire, les suicides et toutes autres choses qui ne se voient pas. Ce ne sont pas les déportations aux bagnes, des militaires qui tirent sur la foule, comme au siècle dernier. Mais ce n’est que le début, cela continuera pendant quelques dizaines d’années, c’est le cycle du pouvoir, une nouvelle ère de domination. Mais, peut-être ce ne sera pas plus violent que cela, que les gens ne sont plus prêt à prendre les armes et le pouvoir à tirer sur la foule.

        Votre fille passera peut-être entre les mailles du filet ou peut-être il n’y aura plus de totalitarisme dur. En fait, nous ne pouvons pas le savoir, ni vous, ni moi. Aussi, je dirais que peu importe, car la seule chose que vous pouvez faire est de l’aimer.

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    2. Et aussi, je ne sais pas bien ce que vous appelez la rationalisation. Les scientifiques ne sont pas plus rationnels que les prêtres du moyen age. Ce que vous pourriez appeler la rationalisation n’est que les mathématiques qui peuvent rendre rigoureux un scientifique sans qu’il ne comprenne pourquoi.
      Un modèle (climatique, cosmologique, économique…) n’est pas plus scientifique que les dieux égyptiens.

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      1. C’est-à-dire que les chimistes maîtrisent mieux l’art d’effectuer des transformations sur la matière ou de les expliquer que les alchimistes du Moyen-Âge. Un modèle chimique est plus scientifique qu’un traité d’alchimie parce qu’il repose sur une évaluation systématique des assertions alors que le traité d’alchimie va avancer souvent sur la base d’une sorte de mysticisme. En d’autres termes, le discours scientifique s’auto-valide et pose lui-même les conditions de sa propre évolution en explicitant les raisonnements qui le sous-tendent. Ainsi, si je veux par exemple transformer l’eau en vin, je vais être mieux servi avec un chimiste qu’avec un alchimiste.

        Le développement de la technique et de la science a toujours été portée par l’idée que la maîtrise des conditions du monde permettrait à l’homme de stopper ses souffrances et ainsi d’atteindre à un autre stade de son développement. C’est ce que nous appelons la croyance au progrès. Malheureusement, nous réduisons souvent cette idée de « croyance au progrès » à la relation que nous entretenons avec l’institution scientifique ou avec le merveilleux monde de la consommation, qui ont cet aspect commode d’être complètement extérieurs à nous. Or, la croyance au progrès n’est pas seulement une croyance à l’effet qu’à force d’accumuler des machines nous deviendrons heureux, mais c’est aussi toute une manière de pensée, toute une manière de hiérarchiser le cours de nos élans intérieurs. Bref, c’est un schème de valeurs en soi, où l’individu se transporte progressivement dans un univers d’auto-validation, de dialectisation et donc d’abstraction de sa propre personne. Et c’est ce schème de valeurs que j’appelle le rationalisme et c’est cela que fonde Descartes.

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      2. OK. Je voulais dire que plonger un scalpel dans le feu d’Isis avant d’opérer un patient est tout autant la science que la mécanique quantique. Alors que la théorie du Big Bang n’est pas plus la science que le traité du ciel d’Aristote (qui arrive à la même conclusion d’ailleurs). Lorsque vous dites que l’alchimie est moins la science que la chimie (ce qui est globalement vrai), vous supposez que le chimiste est plus susceptible d’avoir un raisonnement scientifique qu’un alchimiste, qu’Einstein avait plus de chance de ne pas se tromper que le prête qui a dit qu’il fallait plonger son scalpel dans le feu d’Isis. Je dis que ce qui fait qu’Einstein avait moins de raison de se tromper est qu’au fil du temps, les mathématiques se sont développées et qu’elles permettent la rigueur dont vous parlez… Je dis que cela est indépendant du raisonnement scientifique, car les scientifiques n’ont pas compris pourquoi. Ils profitent de leur statut de « prêtres modernes » pour raconter n’importe quoi, ce qui n’empêche pas qu’ils soient de nos jours le moteur des progrès techniques, grâce aux mathématiques.

        Je ne pense pas que « Le développement de la technique et de la science a toujours été portée par l’idée que la maîtrise des conditions du monde permettrait à l’homme de stopper ses souffrances »… c’est un constat philosophique issu apparemment de la religion, puisqu’il suppose que l’homme pourrait connaître les conditions du monde. Je dis constat dans le sens où quand vous allez acheter un téléphone, ce n’est pas parce que « vous croyez que vous allez maîtriser les conditions du monde », mais parce que les autres ont des téléphones et que si vous n’en aviez pas, ils ne pourraient pas vous téléphoner. Si l’homme boit du vin, c’est parce que quelqu’un a inventé le vin, ce n’est pas « pour maîtriser le monde ». A partir du moment où le vin existe, certains peuvent en boire et pas d’autres. Nous constatons alors un progrès. Qu’est-ce qui vous fait croire que ceux qui en boivent auraient une croyance quelconque, si ce n’est celle de croire celui qui l’a inventé qui disait que c’était bien d’en boire?

        « Le croyance au progrès » serait plutôt de croire que le progrès pourrait réparer tous les problèmes qu’il a engendré. Que lorsqu’il n’y aura plus de pétrole, l’homme aura découvert le moyen de le remplacer. Ne vous inquiétez pas brave gens, Dieu est grand, tout ira mieux demain! Peu importe, personne ne sait ce qu’il faudrait faire, sauf que c’est un discours politique, « votez pour moi, je sais ce qu’il faut faire! » Le progrès est notre environnement, contrairement à l’époque de Descartes. Nous n’avons rien à hiérarchiser, car nous n’avons pas le choix. Effectivement, nous croyons qu’il peut nous sauver, c’est-à-dire nous empêcher de mourir, que ce médecin ou cette machine, pourra nous guérir de cette maladie mortelle. Mais, je ne vois pas de différence avec quelqu’un qui irait prier un dieu pour la même raison. Je ne vois pas de « hiérarchisation de nos élans intérieurs » qui proviendrait de « l’intérieur ». Il s’agit juste de faire n’importe quoi au cas où, ce qui s’appelle la superstition, pas le rationalisme.

        « Bref, c’est un schème de valeurs en soi, où l’individu se transporte progressivement dans un univers d’auto-validation, de dialectisation et donc d’abstraction de sa propre personne. Et c’est ce schème de valeurs que j’appelle le rationalisme et c’est cela que fonde Descartes. » Mon problème sur ce point, outre que je ne connais pas bien Descartes, est que pour moi le cartésianisme est moins rationnel que la logique d’Aristote. Aristote mène à la mécanique quantique, alors que le rationalisme mène à la théorie de Darwin (est-ce que je me trompe en disant cela ?). Or, la théorie de Darwin n’est pas scientifique. Ce n’est même pas un progrès. Cela ne remet même pas en question le dogme religieux que l’homme serait un animal différent des autres (d’où la recherche d’un chaînon manquant). Les philosophes grecs ne doutaient pas que l’homme était un animal, alors que la rationalisation de Descartes part du principe que l’homme serait un être divin. En 2000 ans, nous sommes passé de Dieu a créé l’homme (ce qui est une régression par rapport à la philosophie grecque) a Dieu a créé l’univers. Est-ce la dialectique de Descartes qui conduit à cette prodigieuse évolution? Et qu’est-ce que cela change dans nos modes de pensées, car cela ne conduit qu’à nous faire croire que les scientifiques pourraient connaître les conditions du monde, alors qu’auparavant seuls les prêtres auraient pu les connaître. Mais comment pourraient-ils les connaître sans interroger Dieu? C’est pourquoi je parle de régression, car Aristote n’interrogeait pas les dieux.

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  3. La place prépondérante des mathématiques dans la pensée, dans l’appréhension du monde fait partie de ce que l’on appelle la méthode scientifique. Mais je pense que vous sous-estimez gravement le mouvement global de la pensée. Il y a bel et bien un changement de perspective qui s’installe avec le tournant du XVIIe siècle. Comme le dit Foucault, jusqu’à la Renaissance, l’on lisait en quelque sorte directement dans le grand livre de la nature. Avec les philosophies de Descartes, de Berkeley ou encore de Kant, l’on se met à parler de représentation du monde et à faire la critique de cette représentation. L’appareil conceptuel des sciences acquiert alors une couche d’abstraction supplémentaire permettant des modélisations plus complexes et un ordonnancement plus systématique des connaissances. C’est pourquoi l’histoire naturelle devint la biologie, la philologie et la grammaire devinrent la linguistique, l’analyse des richesses l’économie. Plus tard, un recul supplémentaire s’ajoutera avec l’apparition de l’homme comme sujet des représentations, avec toute l’organisation corollaire des sciences humaines. Cela ne signifie pas que toutes ces disciplines ou que toutes ces manières de pensée étaient complètement inexistantes avant la modernité, mais plutôt qu’elles se sont réellement organisées à cette époque et qu’elles sont ainsi entrées dans le cosmos épistémologique de la civilisation.

    J’achète un téléphone parce que j’ai l’impression que cela facilitera mes communications ainsi que l’organisation de la logistique familiale et que par conséquent je souffrirai moins de ces calamités. Je travaille avec un ordinateur parce que cela accélère mon ouvrage et en retire plusieurs éléments douloureux. J’achète la dernière télévision 3D parce que j’ai l’impression que cette technologie me permettra de mieux me divertir et ainsi d’augmenter mon sentiment de bien-être. Évidemment, c’est si je prends du recul et que je commence à analyser les résultats globaux de cette course au progrès que le tableau devient moins rose. Puisque les machines font tout pour nous, notre corps devient de moins en moins utile et nous finissons par ne plus savoir quoi en faire. Et c’est dans ce registre secondaire de critique du mouvement global du progrès que vous vous situez.

    Si ça permet de réconcilier nos lexiques respectifs, vous pouvez certainement considérer le rationalisme et la croyance au progrès comme une forme nouvelle de superstition.

    Je ne dis pas que toute l’évolution de la pensée dans le sillage de Descartes est une pure féérie et qu’elle relègue Aristote aux poubelles. Je ne fais que constater les mouvements que cette pensée a entraînés dans le cours de la civilisation. Est-ce que nous devrions revenir plus souvent à Aristote plutôt qu’à Descartes ou Kant ? Peut-être. Je n’en ai aucune idée.

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  4. Bonjour! J’ai lu ton article, qui offre une intéressante synthèse de l’évolution historique du rationalisme moderne et de ses avatars politiques. J’ai lu aussi ton échange avec Hervé. Je me suis demandé si tu connaissais Jan Patocka? Tu serais peut-être intéressé à lire « Essais hérétiques sur la philosophie de l’histoire », notamment pour ses réflexions sur la guerre au XXe siècle. Tu y retrouverais des thèmes qui t’intéressent, je crois.

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    1. Non, je ne connais pas. Je vais me renseigner, merci.
      Mais, je connais la cause de la guerre qui est toujours la même depuis qu’elle existe. Par ailleurs, ce qui me gêne dans la philosophie est que c’est une conception religieuse qui part du principe que l’homme induit la connaissance qui serait donc divine, alors que l’homme ne peut que créer la connaissance puis la vérifier. Il ne peut induire que ce qu’il connaît déjà. Cette croyance en soi, en l’induction de la connaissance, nous fait croire que nos pensées, nos émotions, etc… sont individuelles et que nous chercherions à les partager par la communication. Or, la communication sert seulement à s’adapter les uns aux autres, c’est-à-dire à dire et à faire les mêmes choses. Nous ne pouvons chercher que la vérité des choses, comme le faisait Aristote, mais la vérité ne dit pas ce que nous devons faire. Elle n’est pas divine mais universelle. Elle dit seulement pourquoi nous le faisons, pourquoi nous faisons la guerre (l’universel), mais ne dit pas si nous devons la faire ou pas (le divin). Le vérité est que le téléphone sert à communiquer à distance, mais ne dit pas si nous devons le faire ou pas. La connaissance ne sert qu’à inciter (justifier) si nous devons le faire ou pas, à s’adapter les uns aux autres en le faisant, c’est-à-dire à choisir à qui nous allons être adaptés. Nous ne choisissons pas d’être inadaptés, alors nous avons des téléphones. Nous ne choisissons pas d’être inadaptés alors nous faisons du commerce, nous allons voter, nous faisons la guerre… Nous savons pourquoi nous téléphonons, mais nous ne savons pas pourquoi nous faisons du commerce, pourquoi nous votons, pourquoi nous faisons la guerre… Nous pensons que ce sont des connaissances induites, que nos justifications permettent de savoir que nous aurions raison de le faire. Ce n’est pas la vérité, le pourquoi nous le faisons. Sans le savoir, nous ne pouvons pas savoir si nous ne choisissons pas d’être inadaptés. En achetant un téléphone à quelqu’un qui en fait le commerce, sans connaître la cause du commerce, je ne peux pas savoir à quel groupe je cherche à m’adapter, de la même façon que ceux qui sont morts pendant les deux dernières guerres mondiales ne savaient pas pour qui ils se sacrifiaient. Acheter ce téléphone est peut être le passage secret qui mène au totalitarisme qui cherchera à me broyer.

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