Il y a une pensée qui m’angoisse à propos de l’idée de lancer ce blogue, c’est celle que de la sorte, je participe moi aussi au grand cirque du narcissisme social. D’un côté, c’est probablement une pensée un peu vaine car en cette partie-ci du monde, je ne crois pas qu’il y ait beaucoup de personnes qui n’y participent pas. Nous sommes tous – moi le premier – plus ou moins habités par cette forme de la conscience, tous plus ou moins centrés sur nous-mêmes, pour le meilleur et pour le pire. Mais c’est sans doute justement la pensée du pire qui m’angoisse: celle que je pourrais moi aussi n’être qu’un pauvre type ayant piteusement besoin de se déverser dans le monde, dans les médias, d’être vu, d’être entendu, peu importe la pertinence et la nécessité de ce que j’ai à dire. J’ai en sainte horreur l’idée de participer à la sursaturation du monde des idées, et du monde médiatique tout court.

En même temps, je ne peux pas échapper au fait que ce blog appartiendra nécessairement à l’envahissante masse d’informations qui nous entoure. Ce sera un autre point de déversement parmi tant d’autres. Je n’ai donc qu’un seul recours pour surmonter mon angoisse: faire en sorte que chaque article publié en vaille quelque peu la peine. Ne pas publier seulement pour le besoin de publier, pour le besoin d’exister dans le miroir du web, mais bien plutôt parce que j’ai quelque chose d’important à dire, parce qu’il y a quelque chose que je dois dire. Cela constitue mon engagement.

Encore qu’un tel discours, certes élégant, puisse tout de même ne constituer qu’une pose que je me complais à prendre, pour ensuite avoir le plaisir de l’admirer ! Me voilà donc sitôt revenu à mon point de départ. Misère du sceptique.

En même temps, je pense que tout est bien de la sorte: les beaux discours sont utiles car ils pavent la voie à la réalisation de ce dont nous sommes porteurs, ils nous conditionnent, nous entraînent, mais au final, ils ne sont justement qu’un état transitoire à la réalisation elle-même. Or, mon angoisse recèle l’élan qui m’assurera cette transition. Elle est la manifestation du désir sincère qui m’habite. Aussi, malgré qu’elle me triture et me taraude, je la chérirai et la conserverai précieusement près de moi.

Dans la réalisation de ses œuvres, l’homme a besoin de commercer avec cette sorte de noirceur. Telle est la voie de la grandeur. C’est peut-être ce que l’homme du narcissisme social, plutôt porté vers tout ce qui cultive sa désinvolture, a besoin de retrouver ?

4 réflexions sur “Blogosphère et narcissisme

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