Posologie de l’espoir

Posologie de l’espoir

L’espoir est la survivance de la rage d’agir au-delà de l’impuissance. Lorsque le désir qui habite un homme a des aboutissants qui ne sont plus à sa portée, il ne lui reste plus qu’à espérer, c’est-à-dire à propulser ce qui lui reste de rage d’agir dans les hauteurs, comme on jette une bouteille à la mer, comme on couche les mots sur une feuille de papier: pour les autres, pour que l’élément de sa propre pensée leur devienne accessible et qu’ils puissent participer à son impossible édification; ou alors pour soi-même, pour se délester un moment, le temps de laisser mûrir le fruit inaccessible, le temps d’accumuler des forces fraîches et de revenir, porté par un élan nouveau. Il est par conséquent inexact d’affirmer, à l’instar d’Albert Camus, que le fait d’espérer constitue une sorte de résignation. Lire la suite « Posologie de l’espoir »

Comment je me suis égaré puis retrouvé

Comment je me suis égaré puis retrouvé

Lors de la rédaction de mon dernier article Dompteur à la recherche de l’intériorité perdue, il y a eu un moment où j’ai malheureusement complètement perdu le sens de ce que j’avais à écrire. Beaucoup d’idées foisonnaient dans le sillage de cet ouvrage mais en revanche, le fil conducteur m’était devenu invisible et les mots ne formaient plus qu’un fatras incohérent. Il faut dire, en toute modestie, que le sujet était complexe et qu’il fallait beaucoup de doigté pour ne pas faire basculer le tout en un complaisant festival de considérations abstruses. Puis, dans une rubrique complètement étrangère au sujet de l’intériorité, intitulée Résolution nocturne #3Hervé Bourgois m’a dit « le bon chemin est toujours le nôtre* ». Cette remarque a eu l’effet inespéré de sauver du naufrage l’épineux article que je n’arrivais pas à terminer. Lire la suite « Comment je me suis égaré puis retrouvé »

Dompteur à la recherche de l’intériorité perdue

Dompteur à la recherche de l’intériorité perdue

« Guérir son enfant intérieur. » « Se plonger dans un dialogue intérieur. » « Se connecter à son être intérieur. » « Combler son vide intérieur. » « Retrouver la paix intérieure. » « Rassembler les conditions de la guérison intérieure. » « Laisser renaître l’enfant intérieur. » « Opérer avec l’ego intérieur. » « Libérer le hamster intérieur. » « Trouver la paix intérieure. » « Rencontrer son chamane intérieur. » « Sortir du labyrinthe intérieur. » « Réveiller le bébé intérieur. » « Entrer en relation avec son parent intérieur. » « Écouter son monde intérieur. » « Découvrir son âge intérieur. » « Pourrir de l’intérieur. » « Maîtriser l’ennemi intérieur. » « Se réconcilier avec son enfant intérieur. » « Bâtir le couple intérieur. » « Voyager dans l’espace intérieur. » « Entrer dans la lumière du Dieu intérieur. » Lire la suite « Dompteur à la recherche de l’intériorité perdue »

Papa, où je serai quand je vais être morte ?

Papa, où je serai quand je vais être morte ?

Il y a quelque temps, de haut de ses trois ans et demi, Mini-Dompteuse m’a posé une question plutôt friponne: « Papa, où je serai quand je vais être morte ? » Quel ne fut pas mon étonnement ! Il faut ici que le lecteur s’imagine ces mots prononcés avec la douceur infinie d’une voix d’enfant, réduite à un petit filet mignon par la solennité du moment. Que l’on me croit sur parole: c’est quelque chose qui va droit à l’âme. La question était trop importante pour m’avancer sans réfléchir; j’ai donc d’abord affirmé, plutôt évasivement, qu’il s’agit d’un grand mystère et qu’à tout le moins, nous pouvons penser que nous demeurons dans les souvenirs des personnes qui nous ont aimé. La réponse était bien entendu insuffisante; elle le savait, je le savais, mais nous avons néanmoins convenu tacitement d’en rester là… jusqu’à la prochaine fois ! Lire la suite « Papa, où je serai quand je vais être morte ? »

La Reine Éthique

La Reine Éthique

Il est frappant de constater à quel point la tâche qui consiste à définir ce qu’est la philosophie peut occuper les philosophes et leurs donner de grands maux de tête. Tous les plus grands penseurs de l’histoire s’y sont essayés: Platon, Aristote, Kant, Nietzsche, Hegel – nommez-les ! Gilles Deleuze prenait ce problème tant au sérieux qu’il a attendu jusqu’à la fin de sa vie avant d’écrire un ouvrage complet entièrement consacré à cette question. Il est également assez remarquable de constater qu’il y a sans doute autant de définitions de la philosophie qu’il y a de philosophes. Lire la suite « La Reine Éthique »

La plante humaine

La plante humaine

Comme j’étais en vacances la semaine dernière et que j’avais besoin de redonner à mon esprit le sens des grandes étendues, j’ai décidé d’aller me perdre quelque peu dans les lugubres profondeurs de la forêt boréale de mon Groenland natal. En fait, je ne me suis pas perdu du tout puisqu’il s’agissait d’un sentier parfaitement balisé mais qu’importe : mon regard s’est tout de même égaré çà et là, en glissant sur la mer d’épinettes qui s’étendait devant moi. Je marchais au milieu de cet austère mais néanmoins glorieux spectacle d’une nature éprouvée par les rigueurs du climat, et je me disais alors que contrairement aux formations inorganiques du globe, dont les formes rigides nous rappellent l’implacable règne des forces physiques qui nous enserrent, les végétaux ont une façon de bondir, légers et insouciants, contre cet ordre établi. Lire la suite « La plante humaine »

Attentat contre un pronom interrogatif

Attentat contre un pronom interrogatif

Je me souviens encore de la première fois que ça m’est arrivé. J’avais douze ou treize ans et, par une douce soirée de fin de septembre, assis dans l’entrée de la maison familiale avec une amie, j’observais attentivement le ciel. C’était une soirée particulièrement claire et magnifiquement étoilée ; je suppose que l’on pourrait dire que c’était le genre de soirée qui dispose l’esprit aux rêveries. Je ne sais pas ce qui m’a pris ce soir-là mais tout à coup, la noire opacité de la nuit ne m’a plus satisfaite, et mon regard ne voulait plus s’y arrêter. Les astres, gracieusement arrangés et la traînée phosphorescente de la voie lactée pouvaient bien faire les belles : elles ne me distrayaient plus du spectacle troublant de la noirceur infinie dans laquelle elles se noyaient toutes deux. Lire la suite « Attentat contre un pronom interrogatif »