Méditations d’un vieux con

Méditations d’un vieux con

Il y a quelque temps, au premier paragraphe d’un article intitulé Considération intempestive sur le fond et la forme, je me suis plu à railler la littérature de l’auteur internationalement reconnu Marc Lévy. Avec une bonne dose d’ironie, j’affirmais alors combien il est bon « […] de déguster, après un bouquin de phénoménologie particulièrement coriace, l’exquise, la fraîche, l’irrésistible suavité d’un roman de Marc Lévy! » Bien qu’amusante, il s’agissait là d’une envolée d’autant plus veule que je n’ai jamais lu un traître mot de cet auteur, et que cela ne figure pas non plus au catalogue de mes projets. Or, depuis la publication de cet article, je dois dire que j’ai été trituré par une sourde angoisse qui m’a pourchassé jusque dans l’autobus qui m’emmène chaque matin rencontrer le visage de ma destinée. Lire la suite « Méditations d’un vieux con »

Splendeurs et misères de la métaphysique

Splendeurs et misères de la métaphysique

J’ai toujours eu un faible pour le mot métaphysique – d’abord parce qu’il sonne bien, parce qu’il est phonologiquement excitant, mais aussi pour tout ce tendre monde de spiritualité et d’abstraction qu’il évoque. Car, au risque de provoquer quelque surprise chez le lecteur, j’ai effectivement une affection particulière pour tout ce qui concerne l’esprit ainsi que ses abstraites créatures. En fait, pour être plus exact, c’est la vie que j’aime – le travail de l’esprit n’étant finalement qu’un moyen – certes misérable – de lui rendre gloire, d’en exprimer les moindres nuances, de magnifier les fulgurantes pérégrinations de l’aventure humaine. Or, la métaphysique, avec ses envolées olympiennes et ses sentences palatiales, semble toucher la pointe la plus profonde de cet univers spirituel – ou du moins, elle en exprime certainement la nostalgie. Lire la suite « Splendeurs et misères de la métaphysique »

Considération intempestive sur le fond et la forme

Considération intempestive sur le fond et la forme

« Un homme doit savoir se faire plaisir » : voilà une maxime qui n’est pas dénuée de bon sens. Il faut en effet savoir outrepasser, de temps en temps, les règles que nous nous fixons si méticuleusement par le moyen de la raison, ne serait-ce que pour éprouver ces règles, pour nous rappeler que c’est en toute liberté que nous nous les sommes imposées, et que c’est en toute liberté que nous pouvons les bafouer, et cela quand bon nous semble. De telle sorte que, dégagées de tout ressentiment que nous pourrions éprouver à leur encontre, elles puissent nous apparaître dans leur pleine préciosité. Lire la suite « Considération intempestive sur le fond et la forme »

La philo qui fait boum

La philo qui fait boum

J’aime la violence. J’aime la regarder, l’infliger et même la subir. C’est comme ça. On ne me changera pas.

J’aime lorsque Dick Laurent, dans Lost Highway – le film de David Lynch, décide de passer à tabac l’automobiliste qui le suivait d’un peu trop près: « bien fait pour lui » ne puis-je m’empêcher de penser. Je trouve jouissivement effroyable la scène dans laquelle Raskolnikov massacre la vieille usurière ainsi que sa fille dans Crime et châtiment, le chef-d’oeuvre de Dostoïevski. Dieu sait qu’il s’agit pourtant d’un moment qui donne la chair de poule. Lire la suite « La philo qui fait boum »

L’ombre de nos idées

L’ombre de nos idées

Quiconque fréquente avec assiduité la société des créatures de l’esprit découvre peu à peu que malgré leur nature éminemment abstraite, elles manifestent parfois des caractères qui rappellent d’une manière étonnante ceux qui sont le propre des objets tangibles. Il arrive par exemple que les concepts se comportent comme s’ils étaient constitués de matière, et comme s’ils s’enchâssaient dans l’espace, y manifestant quelque solidité, quelque opacité. En effet, de la même façon que les objets qui ont leur place entre le soleil et la surface de la terre viennent obscurcir une partie de cette dernière, les concepts, lorsqu’ils se trouvent exposés à la lumière de l’esprit, projettent alors très souvent une ombre qui vient tapisser l’arrière-fond de la pensée. Et comme tout ce qui ne se présente pas à nos yeux dans la pleine clarté, notre attention est rarement dévolue au contenu de cet arrière-fond. Lire la suite « L’ombre de nos idées »

Un contradicteur

Un contradicteur

Selon mon expérience, le philosophe qui acquiert la conviction d’être parvenu à quelque soi-disant vérité est un philosophe fini. Je le dis au sens le plus littéral : cet homme-là n’est, spirituellement parlant, pas mieux que mort; aussi la seule œuvre dont il puisse encore être porteur est sa notice nécrophilosophique. Nombre d’illustres philosophes ont d’ailleurs rédigé la leur durant le cours même de leur existence – j’aurai toutefois l’amabilité de taire le nom des quelques occurrences qui me trottent en tête. Lire la suite « Un contradicteur »

Mort à la culture !

Mort à la culture !

À la fin du mois de juin 1935, à la Maison de la Mutualité à Paris, eut lieu le Congrès international des écrivains pour la défense de la culture, auquel participèrent des auteurs renommés tel que Bertolt Brecht, André Gide, André Malraux, Aragon, etc. Il s’agit d’un événement d’une grande importance et dont l’influence fut immense. On y discuta de l’état de la culture européenne de l’époque, de son avenir, de ses perspectives, entre autres dans le contexte de la montée de l’ennemi fasciste. À cette occasion, le poète surréaliste Antonin Artaud fut invité à participer aux discussions mais il déclina l’offre et se contenta de rédiger une lettre incendiaire dans laquelle il varlopa sans façons la conception de la culture que ce congrès se proposait de défendre. Il y dénonça le formalisme matérialiste de son époque qui ramenait la culture à un ensemble de biens matériels, et à un ensemble de paradigmes formels. Lire la suite « Mort à la culture ! »

La permanence de l’absurdité

La permanence de l’absurdité

L’esprit humain est une chose extraordinaire, sans doute la plus extraordinaires de toutes. Que serions-nous sans esprit ? Des êtres sans queue ni tête, des êtres qui ne riment à rien. Vivre n’a guère de sens en dehors de la patrie que les hommes se donnent par l’esprit, une patrie que nous appelons par un mot dont le sens se perd pourtant dans le monde d’aujourd’hui – je parle de la culture. Quoiqu’il en soit, l’esprit est bien ce par quoi nous nous extirpons de la mécanique insensée de la nature; c’est une force qui nous anime et nous pousse toujours plus loin, hors de nous. Le cours de notre vie est jonché d’une multitude de ces sauts vers l’avant que nous faisons par l’esprit. Parmi ceux-ci, je voudrais ici m’intéresser à deux de ces sauts en particulier, des plus fondamentaux dans le développement de chacun. Lire la suite « La permanence de l’absurdité »

L’aurore de la pensée

L’aurore de la pensée

J’ai récemment affirmé, en ces lieux de perdition, l’importance que devrait revêtir la rhétorique en philosophie, et cela même si l’usage de ce terme m’hérissait l’épiderme, de peur de me voir accolé l’étiquette infamante de sophiste, c’est-à-dire de charlatan philosophique. Plus précisément, j’affirmais que cette importance se justifiait de par la prééminence de la réflexion dans l’acte de philosopher, la réflexion étant principalement stimulée par le truchement de l’émotion que s’évertue à cerner la rhétorique. Or, une affirmation d’une telle gravité demande certainement de plus amples développements, ne serait-ce que pour rassurer le lecteur pris d’angoisse à l’idée que son dévoué serviteur puisse avoir perdu la tête. Que l’on respire donc un grand coup avant de bien vouloir me suivre au travers de cette nouvelle aventure au pays de l’esprit. Lire la suite « L’aurore de la pensée »

La terre est plate !

La terre est plate !

En maudissant la tempête de neige qui s’est abattue sur la ville hier, et qui a enseveli le trottoir que j’utilise quotidiennement pour me rendre jusqu’à l’autobus (on aura deviné que j’habite le Groenland), j’ai eu une révélation extraordinaire: la terre est plate !

C’est d’autant plus extraordinaire que je me targue pourtant de posséder une formation scientifique décente et de plus, je ne crois pas encore avoir perdu la tête. J’ai beau ressasser mes vieilles notions d’astronomie et de physique, rien n’y fait: l’évidence – ou du moins ce qui me paraît en être une – se cramponne à mon esprit. Lire la suite « La terre est plate ! »